La farce politique de l’achat local

Soyons solidaires en période de pandémie

Nos élus font semblant de se réveiller en cette période de coronavirus mais c’est encore une fois, hélas, pour mieux vous endormir. Ils lancent des beaux slogans vertueux et moraux : en période de crise, soyons solidaires et miséricordieux, achetons des produits pharmaceutiques et alimentaires locaux afin d’aider nos entreprises québécoises. Moi, ça m’émeut d’entendre ces preachers parler. J’ai alors ressorti mon beau gros drapeau québécois. Comme le mentionnent deux chercheurs émérites dans Le Devoir du 3 avril 2020 : «Face au virus, l’apport de la philanthropie». Les médecins spécialistes ont répondu présents. À 2100$ par jour, c’est presque du bénévolat! Ne dites pas le contraire, sinon leur présidente Diane Francoeur va piquer une autre crisette.

 

Tous les pays développés, pas colonisés comme le Québec, savent depuis longtemps qu’en cas de crise sanitaire, de conflits politiques ou militaires (même avec nos alliés), de bouleversements naturels et environnementaux, etc., tout territoire ou pays doit s’assurer d’avoir un minimum de souveraineté nationale dans les domaines de l’alimentation, du pharmaceutique, du pétrole et du gaz, des terres agricoles et des fermes, etc. Tous savent ça mais pas nos politiciens qui sont du genre commis voyageurs et lobbyistes. En effet, ils ont non seulement laissé plusieurs joyaux corporatifs québécois être vendus à des étrangers, ils ont même été jusqu’à s’en réjouir. Plus vendus et plus colonisés que ça, tu meurs.

 

Toujours la même marotte d’acheter québécois

Comme la marmotte, la marotte politique revient à chaque année comme en 2007 : «Le gouvernement du Québec (PLQ) adopte une politique d’achat local» (La Presse, 22 novembre 2007). Et encore un vœu pieux, énoncé de nouveau par PLQ, lui qui a endossé la vente de certaines de nos firmes agroalimentaires à des compagnies étrangères : «Pour une politique agricole basée sur la souveraineté alimentaire (en vendant nos terres à des opportunistes d’ici)» (Le Devoir, 8 septembre 2007). Et celle-là c’est une de mes préférées : «Mondialisation. Mangez québécois! Une (énième) campagne publicitaire pour inviter les consommateurs à acheter des produits locaux» (Le Journal de Montréal, 7 juin 2008). Mangez québécois si vous trouvez encore des aliments d’ici sur les tablettes d’IGA-Sobeys, Loblaw-Provigo et Métro. Facile de trouver en grand nombre des produits américains (Kellog’s, General Foods, Kraft, Post, Dole, etc.) mais peu de produits québécois car il n’y en a presque plus, nos entreprises ont été vendues (Culinar, Vachon, Carrière, Viau, Habitant, Durivage, Martel, Naya, Gadoua, Ultima, Multi-Marques, etc.). Pour les petits producteurs québécois qui restent, on va leur souhaiter «bonne chance» car : «L’espace sur les tablettes s’achète à gros prix. Une sorte d’omerta règne autour des négociations au sujet de l’espace d’étalage dans les magasins d’alimentation du Québec» (Les Affaires, 1er mai 2004).

 

Nos élus ouverts au bradage

Contrairement aux États-Unis et à l’Europe, qui interviennent et bloquent la vente de leurs entreprises nationales stratégiques à des étrangers, ici ça ressemble plus à un buffet : allez, servez-vous, prenez ce que vous voulez et tant que vous le voulez. Il n’y a pas que les libéraux du Québec qui se sont comportés comme des valets, il y a aussi le Parti québécois qui se dit toutefois souverainiste : «Culinar à des Américains, no problem? Bernard Landry ne s’émeut pas de la vente de l’entreprise beauceronne (un joyau québécois)» (Le Devoir, 3 juillet 1999). Pourtant, la Caisse de dépôt et Desjardins détenaient le contrôle effectif de l’entreprise. Et la liquidation a continué avec les libéraux : «Alimentation : Maple leaf avale Viau (charcuteries) et aussi Pasta Romana (pâtes et pizzas) vendus à des intérêts israéliens» (Le Devoir, 3 octobre 2018 et le Journal de Montréal, 8 décembre 2017).

 

Vente de Provigo à Loblaw

Ma meilleure vient de Jacques Parizeau, pour qui j’ai toujours eu un grand respect (il a été mon professeur d’économie aux HEC). Une grosse perte et une terrible erreur politique qui a eu des conséquences néfastes sur nos fermiers et sur nos manufacturiers fut, en 1998, la vente à Loblaw du géant québécois Provigo qui était détenu majoritairement encore une fois par la Caisse de dépôt. Ça ne prend pas une grosse lumière pour comprendre qu’il est important de contrôler collectivement au Québec les gros détaillants en alimentation afin d’aider nos firmes d’ici. Contrôlée légalement ou effectivement (avec disons le tiers des actions) par l’État, celui-ci aurait pu obliger Provigo à acheter et à vendre des produits québécois.

 

La réaction incompréhensible de monsieur Parizeau à la vente de Provigo à Loblaw fut assez naïve, merci : «La Caisse de dépôt pourrait acheter des actions de Loblaw. Une suggestion de Jacques Parizeau» (Le Devoir, 3 novembre 1998). Ayoye! Tiens une autre étonnante de Jacques Parizeau, tant qu’à y être : «Les compressions (énormes) dans la santé et l’éducation. Le gouvernement de Lucien Bouchard a été héroïque» (Le Journal de Montréal, 2 novembre 1998). Pour la banque Desjardins, la vente de Provigo à des étrangers fut excellente pour le Québec et pour tout le monde : «Provigo : un «bon deal»» (Le Devoir, 31 octobre 1998). Franchement, Alphonse Desjardins et Joseph Rouleau doivent se retourner dans leur tombe. La fibre nationaliste, Desjardins en a rien à foutre : «Money talks», comme dit le poète. Comme Desjardins, la libérale Dominique Anglade a dit que la vente de Rona à l’américaine Lowe’s serait bénéfique pour le Québec.

 

Achat local vous dites…

«Loblaw (qui a acheté Provigo) dit au revoir à une centaine de producteurs québécois» (La Presse, 23 avril 2009). Mais cela n’a pas empêché l’ex-ministre libéral de l’Agriculture, feu Claude Béchard, de continuer à rêver : «Béchard veut des produits québécois sur les tablettes» (Le Devoir, 4 décembre 2009). Sur quelles tablettes? Il n’y a jamais eu plus, mais moins de produits québécois sur les tablettes de nos trois gros détaillants au Québec, qui forment de fait un puissant oligopole, qui peuvent fixer les prix et mettre beaucoup de pression sur leurs fournisseurs. Mangez québécois si vous en trouvez : «Des produits québécois moins visibles (et dans certains cas invisibles)» (Le Journal de Montréal, 25 juillet 2008). «Alimentation. Les maraîchers haussent  le ton. Ils déplorent les exigences des chaînes qui nuisent à l’accès au marché» (Le Journal de Montréal, 14 juin 2013). Vous le savez, le Conseil du patronat et les Chambres de commerce sont toujours pour l’investissement étranger dans tout. Mais là en 2016, comble de l’ironie : «Le Conseil du patronat demande aux consommateurs québécois (comme le fait actuellement la CAQ) de faire un effort. Une offensive (pas trop vigoureuse et plus pour la forme) lancée pour favoriser l’achat local» (Le Journal de Montréal, 22 janvier 2016).

 

Il faut simplement faire comme ailleurs. Pas si compliqué que ça!

Je ne dis pas que le gouvernement du Québec, la Caisse de dépôt et Investissement Québec devraient investir dans toutes les entreprises et détenir 100% des actions. Ils peuvent intervenir dans des domaines stratégiques pour notre sécurité nationale comme dans le pharmaceutique, l’alimentation et, bien sûr, dans tous les services publics. Dans les entreprises, ils peuvent se contenter de détenir suffisamment d’actions pour être en mesure de bloquer toute offre hostile comme cela a été fait en 2005 lorsque l’américaine Pepsi a voulu acheter la française multinationale de l’alimentation Danone : «Jacques Chirac se porte à la rescousse (en bloquant l’offre hostile) de Danone» (Le Devoir, 22 juillet 2005). Et pourtant, monsieur Chirac dirigeait en France un gouvernement de droite!

 

Ce n’est pas de hier qu’en Europe les gouvernements interviennent. Remontons à 2001, si vous me le permettez : «L’Europe ne s’ouvre pas aux OPA (offres publiques d’achat)» (La Presse, 5 mai 2001). Mais le Québec est ouvert depuis longtemps : «Réélection de George Bush. Jean Charest annonce que le Québec est ouvert aux affaires» (La Presse, 5 novembre 2004). On appelle ça de l’asservissement volontaire.

 

Même les States sont fermés aux affaires

Essayez donc de faire une offre d’achat sur Exxon, Merck, Kraft, Pfizer, Conoco, Google et Facebook juste pour voir! Les Américains sont des prédateurs, pas des proies économiques : «Washington encadrera davantage les rachats d’entreprises (par des étrangers)» (Les Affaires, 10 mars 2007). Ici au Québec, c’est différent : «Raymond Bachand (ex-ministre libéral) ne s’inquiète pas de la mainmise étrangère» et «Couillard prône une économie ouverte aux marchés étrangers» (La Presse, 30 novembre 2007 et Le Devoir, 5 février 2016). La morale de l’histoire est qu’il serait plus facile d’acheter des produits locaux si la majorité de nos entreprises agroalimentaires n’avaient pas été vendues à des étrangers avec la bénédiction de nos valeureux élus, qui nous disent maintenant d’acheter québécois. Aux États-Unis et en Europe, les consommateurs peuvent acheter facilement des produits locaux mais pas ici.

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