La légende de la souveraineté alimentaire du Québec

Tout d’un coup, nos élus se réveillent

Très touchant de voir, en ces temps de pandémie, un vif sursaut de nationalisme québécois de la part de nos élus, alors qu’ils ont toujours été ouverts et ont même facilité la vente à des étrangers de nos fleurons économiques, que ce soit dans les domaines de l’alimentation, du pharmaceutique et des ressources naturelles, ce que plusieurs pays occidentaux, et même les États-Unis, auraient refusé de faire. De plus, ils ont financé et encouragé le transfert d’usines et de jobs ailleurs, comme en Chine : «Las délocalisation de certains emplois peut être une bonne chose, selon Legault» (Radio-Canada, 5 juin 2019). Après ça, ils viennent nous inciter à acheter québécois.

Soyez fiers d’être Québécois, car nos politiciens viennent, pour mieux vous endormir, de se trouver une nouvelle stratégie de marketing électoral : vous faire vibrer aux valeurs et à l’importance comme pays de souscrire au concept de la souveraineté économique afin de ne pas dépendre des autres, surtout de nos alliés comme les USA, en cas de crise.

Fini supposément de tout brader à des étrangers

Jamais vous ne lirez plus des articles du genre : «Réélection de George W. Bush. Jean Charest (devenu lobbyiste comme sa fille) annonce (hourra!) que le Québec est ouvert aux affaires» (La Presse, 5 novembre 2004). Jean a dit, sans rire, que le Québec est ouvert aux affaires, dans le sens que tout est à vendre, même nos sociétés d’État ainsi que nos biens et services publics. Le Québec est ouvert aux affaires comme s’il ne l’avait jamais été. Il a constamment été ouvert aux investissements américains en bon colonisé qu’il a toujours été.

«Bachand (ex-ministre libéral des finances) ne s’inquiète pas de la mainmise étrangère» (La Presse, 30 novembre 2007). Bah, pourquoi s’en faire pour si peu. Le monde est devenu un village global, sans frontière économique, ce qui vient relativiser la notion de contrôle étranger. C’est ça la beauté de la mondialisation. Comme Québécois, on est maintenant nous aussi propriétaires de Google, de Boeing, de Pfizer, puisque la planète est devenue un beau grand village global.

Ah qu’il fait bon se remémorer le bon vieux temps où l’on avait au fédéral un gouvernement conservateur dirigé par le progressiste Stephen Harper, et au provincial un gouvernement libéral dirigé par des canons à la fois rigoureux et austères comme Couillard, Leitao, Coiteux, Blais, Barrette et cie, qui prônaient encore plus d’aubaines à saisir : «Couillard prône une économie ouverte aux marchés (investisseurs) étrangers» (Le Devoir, 5 février 2016). Leur publicité aurait pu être du genre : «hâtez-vous d’acheter avant qu’il ne reste plus rien d’intéressant à liquider. Oui, nous sommes colonisés et fiers de l’être». Nos lucides autoproclamés n’ont-ils pas recommandé de privatiser Hydro-Québec, Loto-Québec, la SAQ, la santé, les autoroutes, les aqueducs, les garderies, les parcs nationaux, etc.?

Souveraineté alimentaire, vous dites?

Si on veut assurer notre indépendance alimentaire, comme tous les autres pays occidentaux, il faut commencer par protéger nos terres agricoles et faire en sorte qu’elles demeurent propriété québécoise, ce qui n’a pas été fait dans le passé. Combien de terres agricoles ont été détruites et cédées à des promoteurs immobiliers, qui ont aussi vargé dans nos milieux humides, et à des spéculateurs «terriens»?

Et combien de terres agricoles ont été sacrifiées à l’hôtel de l’industrie pétrolière et minière? «L’UPA demande à Québec (PLQ) de protéger la zone agricole contre les pétrolières» (Le Devoir, 18 août 2016). Réponse du gouvernement libéral à l’appel de l’Union des producteurs agricoles à l’abri» (Le Devoir, 17 novembre 2016). Et le PLQ en a fait un plus afin d’assoir notre dépendance alimentaire : «Le ministre Pierre Arcand défend le droit d’expropriation des pétrolières (majoritairement étrangères)» (Le Devoir, 9 juin 2016). Aie les farmers, allez vous faire vois ailleurs avec vos tomates et vos poules. Pour être «équitable» envers nos affairistes, le PLQ a donné les mêmes droits aux minières et aux promoteurs immobiliers et qui poursuivent les municipalités si on les contrarie.

Protéger nos terrer agricoles des spéculateurs

Il faut faire comme en Europe, et surtout pas comme aux États-Unis, et protéger la propriété familiale de nos terres agricoles et les protéger des riches spéculateurs locaux et étrangers qui voient la bonne affaire comme par exemple l’opportuniste par excellence Charles Sirois, co-fondateur de la CAQ, propriétaire de Pangea qui a acheté récemment beaucoup de terres agricoles au Québec. Un milliardaire qui, comme les autres, s’abreuve aux fonds publics : «Prêt de 5M$ pour un ami (Sirois) de Legault» et «Une autre firme de Charles Sirois demande de l’aide (du gouvernement)» (Le Journal de Montréal, 8 et 11 février 2020). Le monsieur est milliardaire et a été président du conseil d’administration de la banque CIBC. Pourquoi n’adresse-t-il pas alors ses demandes à la CIBC ou à d’autres banques privées?

Le monsieur Sirois, en plus d’opérer dans le secteur des terres agricoles, détient des intérêts dans l’hôtellerie, les satellites et bien d’autres choses comme la santé : «Bolduc (ex-ministre libéral de la santé) inquiet des liens de Sirois avec le secteur privé en santé» (Le Devoir, 8 décembre 2011). Alors l’entrée en jeu de spéculateurs comme lui provoque inévitablement ceci : «La valeur des terres agricoles explose» (Le Journal de Montréal, 18 décembre 2018). Ça fait que les petits et moyens fermiers n’auront plus les moyens d’acheter ou seront motivés à vendre afin d’empocher le gros lot, non ou peu imposables. Ainsi, on assistera au fil des ans à la concentration de la propriété des fermes entre les mains de grandes entreprises, souvent étrangères, comme c’est le cas aux États-Unis (Dole, Chiquita, United Fruits, etc.).

Et les promoteurs immobiliers

Ah oui, il y a aussi nos amis promoteurs immobiliers qui veulent construire des beaux domaines plein de condos ou de maisons de retraités fortunés : «Les promoteurs immobiliers ont soif de terres agricoles. Depuis cinq ans, ce sont 14 000 hectares qui ont été sacrifiés selon l’UPA» (Le Journal de Montréal, 20 septembre 2018). Et pourquoi pas, un coup parti, permettre à nos créateurs de richesse immobilière ceci : «Milieux humides. Québec (le PLQ et la CAQ) sera moins exigeant envers les promoteurs» (Le Devoir, 14 juin 2018).

Et que dire de cette bonne nouvelle afin d’assurer notre souveraineté alimentaire qui nous permettra enfin d’acheter local et Québécois : «Les terres agricoles font saliver les investisseurs» (Le Devoir, 27 octobre 2018). Terminons avec cette belle pensée pleine de poésie venant des dirigeants de l’Association des constructeurs de condos et de maisons : «Des taxes ou des grenouilles» (La Presse, 25 août 2005). Je me le demande…

La CAQ y met du sien

Afin de manger du bio local et québécois, il n’y a pas mieux que Legault, et son ministre pragmatique de l’environnement, Benoît Charrette. Bah, un peu de chimique dans les engrais et les pesticides ne fera pas de mal à personne : «Environnement. Québec (CAQ) accorde discrètement un passe-droit aux pesticides «tueurs d’abeilles» (Radio-Canada, 14 juin 2019).

J’aime beaucoup le fait que la CAQ a annoncé «discrètement» cette mesure écologique, car pour la CAQ, tout est bon pour l’environnement et tout relève du développement durable, même la motoneige, comme l’a si bien dit Pierre Petelle, pdg de Croplife Canada, un organisme patronal : «Les pesticides, un outil de développement de l’agriculture durable» (Le Devoir, 13 novembre 2019). Tenir de tels propos, ce n’est pas seulement faire insulte à l’intelligence, c’est du mépris. Et n’oubliez surtout pas d’acheter bio et local!

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