Le «monstre» selon François Legault

Les monstruosités des services publics

Il est franchement inadmissible pour un politicien de traiter notre système de santé publique de «monstre», comme vient de le faire encore une fois notre cher premier ministre caquiste : «Pour réforme le réseau de la santé (publique), François Legault mise sur Christian Dubé (un autre homme d’affaires), un gestionnaire extérieur (mais néophyte dans le domaine) au «monstre»» (Le Devoir, 23 juin 2020).

Une autre réforme

La CAQ veut «réformer» le réseau de la santé publique pour une énième fois afin de reformer les réformes des péquistes et des libéraux. Pour ces derniers, «réformer» s’arrimerait avec modernisation et réingénierie qui rimaient avec grosses coupures dans les services à la population, comme dans ceci : «Des coupes agressives pour garantir la survie du système de santé dit Barrette (pas barré à 40)» et aussi cette perle pathétique «17 000 postes en moins et un réseau de santé plus efficace. Selon le bilan du ministre Rochon (PQ), le virage ambulatoire aura été rentable (pour qui au juste?)» (Le Devoir, 26 juin 2014 et La Presse, 26 février 1997). Un vocabulaire cosmétique afin de mieux mentir : virage ambulatoire pour le PQ et mesures de rigueur pour le PLQ. Selon le PLQ, pour assurer la survie de la santé publique, il ne faut pas investir mais plutôt couper.

Humour sarcastique du PLQ

Une autre bonne qui illustre le cynisme systémique du PLQ qui, après avoir amputé notre service de santé publique de plusieurs milliards de dollars, demande ceci au gouvernement caquiste : «La priorité du gouvernement doit être la santé, dit le PLQ» (Le Devoir, 19 février 2020). Plus ça change au PLQ, plus ça empire. Il faudrait faire maison nette et renvoyer le vieux stock, c’est-à-dire ceux qui ont été membres des gouvernements Couillard et Charest, comme les Barrette, Leitao, Anglade, Arcand, St-Pierre, David et cie. Allez hop, dehors. Comme le disait le poète : «il est difficile de faire du neuf avec du vieux».

Toujours la même vieille cassette

Qualifier nos services publics de «monstres», de dépenses d’épicerie ou de mal nécessaire affiche au grand jour la petitesse intellectuelle et l’ignorance de certains élus. Il faudrait leur apprendre que les services publics sont des investissements qui accroissent l’efficacité du système économique, réduisent les inégalités et assurent l’égalité des chances. Mais c’est toujours la même chose : ils en ont que pour le privé, comme c’est le cas de Christian Dubé, qui provient de l’industrie forestière suspendue en permanence aux mamelles de l’État et pour qui, en bons bûcherons qu’ils sont, les grosses coupes à blanc relèvent du vert développement durable pragmatique.

Le monstre des «strikes again»

Il faudrait demander au premier ministre caquiste de renouveler sa garde-robe linguistique. En 2014, alors dans l’opposition, il s’était écrié : «Le monstre doit être rendu plus efficace. François Legault promet de s’attaquer à la bureaucratie du système de santé» (Le Devoir, 14 mars 2014). Pourtant, c’est exactement ce que les libéraux ont fait avec les résultats que l’on connait.

Les libéraux et les caquistes se ressemblent beaucoup idéologiquement puisqu’en 2014 également, l’ex-ministre libéral des Finances, devenu lobbyiste, monsieur Raymond Bachand, avait répété la même rengaine archaïque : «Dompter le monstre de la santé. Seule une réforme du système (que les libéraux ont exécuté) permettra d’atteindre l’équilibre budgétaire» (La Presse, 26 mai 2014). L’important est le déficit zéro et les services publics sont secondaires : il faut les réduire. C’est drôle, mais en 2014, Raymond Bachand clamait qu’il fallait «réformer» le système de santé, tout comme François Legault vient récemment de le dire. Ça sera la tâche de Christian Dubé de le réformer une autre fois, et jusqu’à la prochaine fois.

Les propos songés de Raymond

En passant, ce n’est pas la subtilité qui étouffait l’ex-ministre libéral des Finances puisque la «réforme» qu’il suggérait se ramenait à ceci : «Raymond Bachand préconise de freiner (dans le sens de couper) les dépenses en santé au Québec» (La Presse, 27 mai 2014). Attention, freiner «certaines» dépenses en santé et en augmenter d’autres en santé, comme les émoluments des médecins et les prix shylockiens des médicaments. Voilà comment on fait pour se dénicher une belle job dans le privé après sa carrière politique, n’est-ce pas?

Diagnostiquer ce qui ne va pas : pas très difficile

François Legault a nommé Christian Dubé ministre de la santé, même s’il n’y connait pas grand-chose, afin de «diagnostiquer ce qui ne va pas» (Le Devoir, 23 juin 2020). Diagnostiquer ce qui ne va pas, comme s’il ne le savait pas déjà.

Déjà, en 2011, François Legault avait bien identifié une grosse partie du problème en disant : «La cause des maux en santé. François Legault prône toujours une approche plus musclée avec les médecins» (La Presse, 23 février 2011). Prône «toujours» une approche plus musclée avec les médecins lorsqu’il était dans l’opposition, mais une fois au pouvoir, il a reculé face à la dictature du syndicat des médecins, comme l’ont fait les libéraux et les péquistes. Monsieur Legault avait, durant la campagne électorale de 2018, promis aux Québécois de réduire d’un milliard de dollars par année le jackpot des docteurs, ce qu’il n’a évidemment pas fait du tout.

Les docs accaparent une partie importante du budget dédié à la santé

La CAQ avait aussi dit qu’elle se pencherait sur le privilège accordé aux médecins au service de l’État de s’incorporer, qu’elle réviserait et annulerait certaines primes grotesques qui leur sont versé et reviendrait sur la coûteuse privatisation de plusieurs chirurgies et autres services à des médecins autrefois employés du gouvernement et qui ont préféré, pour des motifs pécuniaires, de fonder leurs propres cliniques privées. Est-ce si difficile de diagnostiquer ces travers qui gonflent les dépenses publiques en santé de plusieurs centaines de millions de dollars par année? Christian Dubé aura-t-il le courage de s’attaquer à ces vaches sacrées afin de privilégier l’intérêt collectif et le bien commun et de réaffecter ces argents économisés au service des patients? Il faut donner préséance aux patients, pas aux médecins.  

Le système ne s’est pas amélioré avec la CAQ

En 2017, la CAQ a commandé un sondage Léger qui a donné les résultats suivants : «Pour les Québécois, le système de santé s’est détérioré depuis 2003, selon un sondage (caquiste)» (Le Journal de Montréal, 29 août 2017). Et depuis que la CAQ a pris le pouvoir en 2018, ça continue hélas de se détériorer : «Les patients attendent 1h20 de plus sur une civière. Les délais dépassent les 20 heures dans pas moins de 15 hôpitaux au Québec» (Le Journal de Montréal, 4 novembre 2019). Et aussi celle-ci : «12 patients meurent à force d’attendre leur chirurgie» (Le Journal de Montréal, 3 juillet 2019). Monsieur Dubé va-t-il diagnostiquer les problèmes récurrents d’attente inhumaine à nos urgences qui sont parmi les pires en Occident et l’impossibilité pour plusieurs milliers de Québécois de se dénicher un médecin de famille? Pourquoi est-ce si différent en Ontario et au Québec, comme dans cet exemple : «Barbecues et publicité pour courtiser des patients (dans le système public) : En Ontario, les médecins s’arrachent les patients» (Le Journal de Montréal , 16 juin 2019). J’espère, qu’afin de poser un bon diagnostic, Monsieur Dubé ira étudier les systèmes de santé publique de plusieurs pays européens, comme la France, le Danemark, l’Allemagne et la Finlande. Sait-il que plusieurs hôpitaux ont sabré dans les services aux patients en raison des faramineuses augmentations de salaires consenties aux toubibs et au prix fantasmagorique des médicaments achetés auprès de multinationales monopolistiques : «Les hôpitaux veulent revoir le panier de services. Les hausses salariales des médecins ont mis à mal le réseau de santé, constatent les établissements» (Le Devoir, 17 février 2019). Pour freiner le prix des médicaments, vont-ils penser à créer Pharma-Québec qui favoriserait aussi l’achat local? Une dernière : «Malgré les promesses de la CAQ. C’est pire dans les urgences» (Le Journal de Montréal, 4 novembre 2019).

D’autres choses à diagnostique pour monsieur Dubé

Le temps file, et je reviendrai ultérieurement sur ces trois derniers points : une partie importante des problèmes du «monstre» vient du fait que c’est ici que le prix des médicaments est le plus élevé, que c’est le Québec qui fait le plus de place au privé en santé et contrairement à d’autres endroits, on ne peut pas avoir de cliniques médicales sans médecin, «because» les docteurs veulent jalousement conserver leurs «droits acquis».

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