Délocalisations et contrôle étranger : c’est bon


 

Bell délocalise à l’étranger : c’est quoi le problème?

Je ne sais vraiment pas quelle mouche a piqué Olivier Carrière d’Unifor, le plus grand syndicat du secteur privé au Canada, de s’en prendre à Bell Canada, qui exerce un monopole en région sur le téléphone résidentiel et qui fait partie de l’oligopole canadien du sans fil et de l’internet avec Rogers, Telus et Vidéotron, ce qui leur permet de nous saupoudrer de tarifs mensuels parmi les plus élevés en Occident. Il faut bien traiter honorablement les actionnaires et les dirigeants. Il me semble que ça va de soi.

Et puis, afin d’être plus rentable, Bell a, au cours des dernières années, transférer plus de 1400 employés affectés au service à la clientèle (centres d’appels) aux Philippines, en Inde et en Tunisie où, au lieu de les payer 40 000$ l’an, comme ici au pays, ils reçoivent entre 3000$ et 6000$ par année là-bas dans ces «sweat shops». Voilà pourquoi le dirigeant d’Unifor a dit que les délocalisations étaient un véritable «cancer» pour l’économie canadienne («Les centres d’appels de Bell dénoncés», le Journal de Montréal, 2 juillet 2020). Afin de ralentir les déménagements à l’étranger, le patronat y va de son chantage habituel et légendaire : il faut faire venir ici au pays le «cheap labor» payé pas cher et non syndiqué, baisser a presque rien les impôts et les taxes et subventionner davantage nos philanthropes entreprises afin de compenser pour le manque à gagner occasionné par le «fardeau» de rester ici. Et François Legault a répondu à l’appel de détresse des entreprises, encore une fois : «Les employeurs davantage outillés pour embaucher des immigrants. Le gouvernement Legault souhaite favoriser le recrutement et l’intégration à l’emploi (en éliminant certains irritants comme la syndicalisation et la connaissance du français» (Le Devoir, 27 août 2019).

Si Bombardier le fait, alors fais le donc

Bombardier, que Philippe Couillard nous a déjà dit d’aimer, n’a pas seulement reçu des milliards de dollars en fonds publics pour favoriser la création d’emplois au Québec mais aussi pour en créer ailleurs comme au Mexique : «Bombardier fabrique des locomotives au Mexique avec l’aide, une fois de plus, d’Ottawa» (Le Journal de Montréal, 25 février 2002).

Et le gouvernement du Québec (PLQ), ne voulant pas être en reste, a aussi allongé des bidous publics. On est rendu à demander aux Québécois de payer nos entreprises afin de pouvoir transférer des jobs ailleurs. Ça revient à dire qu’on leurs demande de payer pour se faire hara-kiri et de financer leurs propres pertes d’emplois afin de créer des jobs sous-payés à l’étranger. Ils font de nous des complices de l’exploitation de travailleurs dans des pays pauvres : «Emplois transférés au Mexique. Québec (PLQ) a obtenu des garanties de Bombardier. Ces emplois seront remplacés par d’autres mieux rémunérés, soutient le ministre libéral feu Claude Béchard» (Le Journal de Montréal, 28 octobre 2015).

Pourtant, il n’y a eu aucune véritable garantie obtenue par le gouvernement et ces emplois ont été perdus à jamais et pas du tout remplacés par des jobs mieux rémunérés. Compte tenu que Bombardier a toujours été accroché au biberon de l’État, pourquoi le PLQ et Claude Béchard n’ont-ils pas obligés la compagnie à maintenir ces emplois ici? Ah oui : «Claude Béchard a dit avoir reçu de Pierre Beaudoin, ex-président de Bombardier, l’assurance «verbale» que les choses se passeraient ainsi». Une vraie farce! On est dirigé politiquement par des «juniors» et des commis au service du patronat. Une promesse «verbale» du président de Bombardier et le ministre libéral a pris ça pour du «cash».

Et n’étant jamais rassasié, le même p.d.g. de Bombardier, récidivait en 2013 : «Pierre Beaudoin demande à l’État d’ouvrir (grandement) les programmes d’aide aux firmes étrangères» (Le Devoir, 10 avril 2013). Décodé, ça veut dire subventionner les filiales ou les divisions de Bombardier situées à l’étranger. Et comme ces compagnies ont un front de bœuf, elles exigent également de l’aide gouvernementale des pays d’accueil où elles ont des installations. Que c’est beau la mondialisation et le village global!

Oui, les délocalisations c’est bon et il faut les subventionner

On en apprend à tous les jours en termes de vertes et de pas mûres. Ne pouvant pas dissimuler davantage son parti pris envers le patronat, suite à 200 emplois «shippés» à l’étranger par l’entreprise québécoise Velan, voilà que François Legault reprend le discours des Chambres de commerce et s’exclame : «Emplois. La délocalisation (même subventionnée) peut être une bonne chose» (Le Devoir, 6 juin 2019). Alors, pour nous enrichir, il faut stimuler les délocalisations. Monsieur Legault mériterait un prix Nobel en économie.

Et l’hypocrite Dominique Anglade du PLQ qui fait semblant d’être outrée et qui a presque versé une larme face aux propos «pragmatiques» du premier ministre caquiste alors que son propre gouvernement a fait pire et souvent en cette matière.

Legault : même clichés que la Chambre de commerce

Que c’est beau et réconfortant de voir nos gouvernements tenir le même discours et avoir les mêmes principes que le patronat : «Québec doit financer (subventionner) les investissements à l’étranger. Les délocalisations ne sont pas à craindre estime la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain» (Le Devoir, 7 avril 2006). Et au Devoir, on a tellement aimé cette prise de position originale et courageuse du patronat que le même jour, soit le 7 avril 2006, il publiait l’opinion éclairée de sa présidente d’alors, Isabelle Hudon : «Exporter les investissements, une bonne affaire». Comme publi-reportage, on peut difficilement faire mieux en termes d’aliénation et d’intoxication des lecteurs et de la population. La sainte-trinité quoi : «politiciens, patronat et médias.

De belles nominations pour les guignols de service

Si on a nommé l’ex-ministre libérale Monique Jérôme-Forget, celle qui a beaucoup coupé et beaucoup privatisé afin d’amincir l’État et d’engraisser le privé, présidente du conseil d’administration du Musée Mc Cord Stewart, il se trouve que l’ex-p.d.g. de la Chambre de commerce de Montréal, Isabelle Hudon (auparavant de la Sun Life) a été promue à rien de moins qu’au prestigieux et important poste d’ambassadrice, pas au Koweit, mais bel et bien en France par Justin Trudeau : «Isabelle Hudon nommée ambassadrice à Paris» (Le Journal de Montréal, 30 septembre 2017). Du jour au lendemain, la dame devient diplomate même si elle n’a aucune expérience dans le domaine. Pas grave, les gens d’affaires ont tous les talents : c’est inné et c’est structurel chez eux.

Vendre nos entreprises aux étrangers, c’est aussi bon

Vous commencez, du moins je l’espère, à comprendre ce que le patronat et vos élus vous disent. Pour enrichir les Québécois et le Québec, il faut premièrement subventionner nos entreprises qui délocalisent des usines et des jobs à l’étranger.

Deuxièmement, il faut aussi subventionner celles qui ne peuvent malheureusement pas s’en aller comme le commerce au détail, l’hôtellerie ou la restauration et il faut en plus, pour ces dernières, faciliter la venue de travailleurs étrangers payés pas cher ici même au Québec.

Troisièmement, il faut encourager la vente de nos entreprises à des étrangers, comme ce fut le cas pour Rona en 2016 à l’américaine Lowe’s. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est celle qui est passée de la CAQ au PLQ et qui veut devenir notre première ministre : «Vente de Rona. Une transaction bénéfique pour le Québec, selon la ministre Anglade» (Le Journal de Montréal, 3 février 2016). C’est tellement bon que Philippe Couillard en a rajouté : «La vente de Rona, signe (pas d’une colonisation mais) d’une économie ouverte, selon Couillard» (Radio-Canada, 4 février 2016). Et le don de la C-Series de Bombardier à Airbus ce fut excellent selon le ministre caquiste : «C Series : la vente (plutôt le don pour gratos) à Airbus a été une très bonne chose, selon Fitzgibbon» (Le Devoir, 8 novembre 2018). Ils ont dit la même chose pour la vente d’Alcan, de Provigo, de Biochem Pharma, de Sico, de St-Hubert, de Cambior, etc.

Sur la même longueur d’ondes

Le patronat a dit : «Pour un Canada ouvert aux investisseurs étrangers» et le gouvernement libéral a dit : «Couillard prône une économie ouverte aux marchés étrangers». Enfin, Charest a clamé : «Jean Charest veut accroître les investissements américains au Québec» (Le Devoir, 29 janvier 2008, 5 février 2016 et 4 octobre 2004).

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