Fournir nos données personnelles aux pharmas, c’est «winner»

L’intérêt privé versus l’intérêt public

«Fournir vos données personnelles aux pharmaceutiques, c’est winner. Québec (CAQ) veut attirer des firmes pour jouer dans nos platebandes et profiter de ça», tel était le titre de l’article de Francis Halin publié dans le Journal de Montréal du 20 août 2020. Et le lendemain, soit le 21 août, Le Devoir revenait sur le sujet : «Québec (CAQ) veut attirer les pharmaceutiques avec les données (personnelles) de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ)». Attirer les pharmas avec ça, c’est comme vouloir attraper une truite avec du pain et un clou comme hameçon.

Et qui a dit que c’était «winner» de céder nos renseignements personnels vitaux concernant la santé des citoyens aux pharmaceutiques qui, souvent, sont en situation de monopole pour plusieurs médicaments; qui nous chargent ainsi le gros prix (faisant de ce fait gonfler les coûts de la santé publique); qui exercent régulièrement un chantage éhonté en provoquant des pénuries; qui sont des abonnés aux paradis fiscaux et aux pays du tiers-monde pour le «cheap labor»; qui comptent des milliers de lobbyistes, parfois d’ex-politiciens; qui sont des transnationales plus grosses que l’État telles que Pfizer, Merck, Glaxo, Eli Lilly, Johnson + Johnson, Abbott, Novartis, Bayer, Sanofi, etc., et qui ont, à plusieurs reprises, été condamnées à des milliards de dollars en amendes pout fixation des prix ou pour avoir mis sur le marché des produits dangereux sans information valable, comme dans le cas des opiacés qui ont tué des milliers de personnes aux États-Unis et au Canada? Celui qui a lancé cette perle d’ignorance et de parti pris, c’est nul autre que le fabuleux ministre caquiste de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, celui qui se targue de connaître plusieurs personnes importantes et d’être actionnaires de plusieurs compagnies. Le jupon dépasse. Il faudrait que François Legault le ramène à l’ordre.

Tout est fait en catimini

Encore une fois, le chat est sorti du sac grâce à l’excellent travail des journalistes du bureau d’enquête du Journal de Montréal. Tout a été fait en catimini entre les élus libéraux (Gaétan Barrette qui reste muet) et caquistes, les multinationales pharmaceutiques, les lobbyistes, les dirigeants de Power Corp., propriété de la famille Desmarais (qui a invité Jean Charest, alors premier ministre, et sa petite famille à passer quelques jours dans leur magnifique domaine privé de Charlevoix), des chercheurs hospitaliers (Institut de cardiologie de Montréal) actionnaires de compagnies pharmaceutiques, etc. La belle affaire. Tout ça au nom du bien commun ou du bien privé? C’est, entre autres, lors d’un séminaire à Philadelphie que des apôtres du bien ont converti et convaincu Fitz (le petit diminutif de Fitzgibbon).

Jamais la population n’a été consulté sur ce bien public que sont nos données personnelles en santé et qui permettent aux pharmaceutiques de faire les recoupements voulus au niveau d’individus, de cibler les médecins, les pharmacies et les médicaments prescrits, etc. On devrait intenter un recours collectif contre les instigateurs de cette folie. Un autre cas qui met en évidence le leurre de vivre en démocratie. En démocratie, le pouvoir est censé revenir au peuple et non à une certaine minorité possédante. On ne vit pas en démocratie mais en oligarchie, qu’on se le dise une fois pour toutes.   

Où sont les études afin d’appuyer les prétentions de Fitz?

Le ministre Fitzgibbon en a sorti des vertes et des pas mûres, comme celles qui permettra d’attirer plein de pharmaceutiques au Québec, de trouver de nouveaux médicaments qui vont sauver des vies et de favoriser nos centres de recherche universitaire et hospitalier qui seront qui seront transformés en un genre de partenariat public-privé (PPP), financé majoritairement par le gouvernement, comme les autres, mais dont les découvertes appartiendront et seront commercialisées par les «big» pharmas occidentales. Tout simplement merveilleux en termes de «projet de société», tel que qualifié par Fitz.

Il me semble qu’avant de lancer une telle balloune sociétale qui va nous affecter collectivement, le ministre caquiste de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, aurait dû avoir en main des études sérieuses et indépendantes démontrant les effets bénéfiques pour les Québécois et pour l’État en termes d’investissements des pharmaceutiques, de création d’emplois, de recherche fondamentale, de la propriété des découvertes, etc. que de confier cette mine de renseignements personnels médicaux à des tierces parties. Mais non, rien, niet, il faut simplement se fier aux élucubrations et aux paroles en l’air de Fitz, qui lui fonde son enthousiasme délirant sur les prétentions et les fabulations des dirigeants et des lobbyistes des compagnies pharmaceutiques. A-t-il au moins reçu des engagements fermes de firmes pharmaceutiques sur les montants et investissements à être engagés?

Attention : nos données seront transférées à des firmes étrangères sans aucun problème qu’ils nous disent. Ben oui, les pharmaceutiques vont toutes se hâter à revenir au Québec et quitter les États-Unis ainsi que les pays européens. Il faut être naïf pas à peu près pour croire ça. Une naïveté dangereuse pour l’ensemble des Québécois. Astra Zeneca, Aeterna Zentaris, Merck et d’autres, qui ont quitté le Québec, vont rapidement revenir en courant. Croyez-vous ça vous autres? «Merck ferme son laboratoire montréalais. La cessation des activités entraînera 180 suppressions d’emplois» (Le Devoir, 9 juillet 2010). Tellement de pharmas vont vouloir s’installer au Québec qu’il va falloir qu’elles prennent un numéro. Comme il y en aura trop, Fitz et la CAQ vont faire un tirage un sort qui sera présenté sur nos écrans.

Conseils à Fitz et au ministre de la santé, Christian Dubé

Il faut être sérieux à la CAQ et arrêter de rire du monde. Si le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon et le ministre de la Santé, Christian Dubé, deux poids lourds à la CAQ, sont sérieux et sincères, et qu’ils veulent vraiment travailler pour le bien commun, l’intérêt public, la diminution des coûts de notre système de santé publique et sauver des vies, puis-je plutôt leur demander de travailler avec acharnement sur l’amélioration des urgences, qui sont parmi les pires en Occident, sur la présence de plus de médecins de famille et sur la baisse du salaire des docteurs tel que la CAQ l’avait promis en campagne électorale. Depuis l’élection de la CAQ, les urgences dans les hôpitaux ont empiré, moins de patients ont droit à un médecin de famille et la rémunération des médecins a augmenté. Arrêtez, s.v.p., à la CAQ de privilégier l’intérêt des pharmaceutiques et attelez-vous à ce qui est de vos responsabilités gouvernementales pour le mieux-être du monde ordinaire.

Faire baisser les prix

Avant de donner, les yeux fermés, nos renseignements personnels médicaux aux grosses pharmaceutiques, assurez-vous donc de leur bonne foi en les contraignant à baisser les prix shylockiens de leurs médicaments : «Médicaments. Les Québécois paient trop cher» et «Le coût des nouveaux (souvent semblables aux vieux) explose» (Le Journal de Montréal, 9 avril 2014 et Le Devoir, 26 avril 2019). Ces hausses de prix «dilettantes» ont un effet dévastateur sur les finances de l’État du Québec et sur les coûts de la santé publique. Même le chroniqueur de droite Loïc Tassé du Journal de Montréal a pondu ce texte le 3 mai 2019 : «Le scandale du prix des médicaments».

Rendre les pharmas plus responsables socialement

Bien sûr, on peut se fier aux promesses verbales, aux engagements moraux et à l’éthique des pharmaceutiques : «Teva accusé d’entente sur les prix des médicaments aux États-Unis» et «Purdue Pharma conclut son entente de 12 milliards U.S. (relative aux opiacés commercialisés)» (Radio-Canada, 26 août 2020 et Le Devoir, 12 septembre 2019). Et qu’en est-il de Roche et Novartis, sanctionnées pour une entente concernant un traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge? Ou encore le coût exorbitant fixé par Gilead dans le traitement contre l’hépatite C. Les exemples ne manquent pas.

Faire cesser les pénuries artificielles et le chantage éhonté

Je dirais à messieurs Fitzgibbon et Dubé que, avant de négocier quoique ce soit avec les pharmas, qu’ils fassent donc arrêter ces gestes odieux afin de sauver des vies : «Pénurie d’un médicament pour lutter contre le cancer» et «Pénurie d’un médicament crucial pour soigner la tuberculose» (Le Journal de Montréal, 5 janvier 2018 et 15 août 2019).

La solution c’est quoi?

Afin de se libérer du joug des pharmaceutiques magouilleuses et profiteuses, la solution passe par la création de la société à propriété collective Pharma Québec, mais ce que je ne suis pas réaliste…

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