L’Institut économique de Montréal au service du peuple

Un organisme patronal indépendant et objectif

Nos médias d’information aiment l’Institut économique de Montréal (IEDM) et lui accordent beaucoup de visibilité, tellement que ça ressemble souvent à des publi-reportages. Jamais ils ne vont dire que c’est une boîte à droite (think tank) financée par les entreprises et les riches mécènes. Pour rappel :  l’IEDM répète tout le temps qu’il n’est pas financé par l’État, ce qui est faux puisque les dons sont déductibles d’impôts.

Comprenez-vous quelque chose à la logique de nos gouvernements? Les dons à l’IEDM et à ses semblables comme le Fraser Institute, le Conference Board, le C.D. Howe Institute, la Fédération canadienne des contribuables et d’autres sont déductibles d’impôts alors que les dons effectués à l’important groupe écologiste Greenpeace ne l’est pas. Cherchez l’erreur!

L’Institut économique de Montréal n’est pas un lobby

Les dirigeants l’ont réaffirmé dans un charmant texte consacré à l’IEDM par le Journal de Montréal le 16 février 2008 : «On n’est pas un lobby. Notre mission, c’est d’informer le grand public». Le journaliste «d’enquête» du Journal de Montréal mentionne au premier paragraphe que «l’IEDM fait régulièrement parler de lui», grâce à nos médias s’entend.

Si l’IEDM n’est pas un lobby, il pense toutefois toujours comme le patronat et comme l’universitaire Luc Godbout avec sa Chaire en fiscalité. Et le pétulant Michel Kelly-Gagnon a présidé longtemps l’IEDM, puis a été nommé président du Conseil du patronat du Québec pour ensuite revenir à l’IEDM. Est-ce à dire que l’IEDM et le Conseil du patronat ont des atomes crochus? Si non, pourquoi ce riche et influent syndicat patronal qu’est le Conseil du patronat aurait-il pensé à embaucher monsieur Kelly-Gagnon? Ont-ils pensé à ma candidature? En fait, jamais personne ne pense à moi, ou si peu.

Des positions émises par l’IEDM afin de dicter le peuple

On le sait bien, l’IEDM donne toujours priorité à la répartition équitable de la richesse; à la lutte contre la concentration de cette richesse; à une fiscalité progressiste; à la défense des travailleurs; à des services publics et des programmes sociaux universels de qualité; à l’égalité des chances; à son perpétuel combat contre les excès du «marché» et au respect des lois dites naturelles du marché; à la protection de l’environnement et à plein d’autres bonnes et belles choses. Alors, abordons l’évangile selon l’IEDM.

Deux irritants nuisibles à la création de richesse

Alors qu’il était président du Conseil du patronat, Michel Kelly-Gagnon, un monsieur exemplaire que tous voudraient comme beau-frère, a lancé ce cri du cœur plein de compassion : «Les groupes communautaires nuisent à la prospérité par l’étalage de leurs préjugés» (Le Journal de Montréal, 18 mai 2006). Oui, on se porterait beaucoup mieux, même les pauvres et les autres «pokés» de la société, par le recours à la charité privée et autres organismes gérés par le privé mais financés par le public. L’IEDM, lui, ne fait jamais appel à des préjugés afin d’étaler ses plaidoyers.

Et comme il fallait s’y attendre : «Les syndicats nuisent à la croissance de l’économie, selon l’IEDM» et aussi «Le Québec est trop syndicalisé» (Le Journal de Montréal, 27 août 2005 et Les Affaires, 2 octobre 2004). Même que les syndicats des travailleurs ordinaires (mais pas le syndicat des médecins et ceux des entreprises) briment la liberté des employés de négocier seuls leur contrat de travail avec leur employeur où prévaut en tout temps un juste rapport de force entre les deux. Selon le Fonds monétaire international (FMI) : «Le déclin des syndicats accentue les inégalités» (Le Devoir, 6 mars 2015). Ça-y-est, le FMI est tombé sur la tête et est devenu socialiste ou de la gauche radicale, expression préférée de Donald Trump.

Comment aider le peuple?

Chercheur associé senior à l’IEDM, Germain Belzile a plaidé pour la liberté des compagnies de faire des profits sans restrictions et sans limites dans son savant texte publié dans Le Devoir du 30 janvier 2017 : «Devrait-on limiter la recherche du profit des entreprises?». Il ne faut jamais faire ça car la richesse des riches termine toujours par perler et suinter sur la population.

Et pour enrichir encore plus le peuple québécois, l’IEDM spécifie qu’il faut encourager, et même subventionner, la production et le transport par pipelines du pétrole polluant de l’Alberta : «Les Québécois devraient appuyer le projet de sables bitumineux Frontier» et «Sondage (objectif) de l’IEDM : Les Québécois favorables aux sables bitumineux» (Le Devoir, 13 février 2020 et 31 mars 2011). Ah non : «Environnement. Le fonds norvégien souverain (le plus gros au monde avec plus de 1000 milliards$ d’actifs) abandonne les sables bitumineux» (Le Devoir, 14 mai 2020). Il ne faut pas s’en faire avec ça. Vous le savez bien que la Norvège, la Suède et la Finlande sont des ramassis de socialistes endurcis.

Même si c’est au Québec que l’on paie nos médicaments les plus chers au pays et en Occident (sauf les States), tant pour les génériques que pour les brevetés (ce qui gonfle énormément les coûts de notre système de santé publique), il ne faut surtout pas légiférer pour faire baisser les prix car les pharmaceutiques vont devoir alors prendre en otages, comme toujours, les malades en provoquant des pénuries artificielles mais rationnelles. Il ne faut surtout pas toucher à leurs profits et il faut être réalistes en perpétuant docilement l’arnaque : «L’IEDM. Médicaments génériques. Une baisse risquée. Une diminution de prix pourrait entraîner des problèmes (quels genres de problèmes et pour qui?)» (Le Journal de Montréal, 16 avril 2013). Cela est carrément du chantage entériné par l’IEDM.

D’autres géniales idées de l’IEDM

Même si j’en ai plein d’autres bonnes idées émanant de l’IEDM dans mes vieux dossiers d’articles de journaux, je dois, faute d’espace, me limiter à vous en livrer certaines vraiment succulentes :

  • «Peut-on discuter entre adultes? Le gouvernement pourrait (comme il le fait déjà beaucoup avec les écoles, les garderies et les cliniques de médecins) laisser plus de place (je dirais même toute la place) au privé (aucun risque de corruption) pour la livraison des services publics, tout en assurant (voilà le hic de leur patente) un financement public» (La Presse, 31 octobre 2014). Privatiser les profits et socialiser les coûts, quoi!;
  • «Les CPE ne sont pas un exemple à suivre» (La Presse, 29 juillet 2015). Les garderies supposément privées mais financées par les fonds publics, c’est beaucoup mieux et elles financent les partis politiques;
  • «Privatisation de Postes Canada pour éviter les grèves (dehors le syndicat) et réduire les coûts (en embauchant des travailleurs, même étrangers, à moins cher)» (La Presse, 25 mai 2011). Dites-moi à qui a profité la privatisation du CN, d’Air Canada et de Pétro-Canada?;
  • «Même si l’impôt fédéral des compagnies est passé de 28% en 2000 à 15% en 2012 : «L’IEDM demande de baisser l’impôt des entreprises» (La Presse, 23 octobre 2018);
  • «La médecine privée ne nuit pas (mais non, elle l’aide) au système public» (Le Devoir, 17 décembre 2013). Écoles, garderies et cliniques qui n’ont de privé que le nom, étant massivement subventionnées.
  • «GAFA. Moins de vie privée pour plus de commerce. L’IEDM met en garde les gouvernements contre des mesures visant à mieux protéger la vie privée» (Le Devoir, 20 septembre 2013). Ayoye!
  • Et ma plus drôle pour la fin vient du boss de l’IEDM : «L’héritage socialiste de Bush» (La Presse, 16 janvier 2009). Bush Jr., un socialiste? Vite, il faut composer le 911.

Je ne pouvais pas vous quitter en laissant sous silence cette dernière sortie de l’IEDM, toujours de la bouche de Michel Kelly-Gagnon, qui en rajoute une couche et se plaint «d’une réduction de la diversité d’opinion» au Québec. Dans une correspondance destinée à une quinzaine de gens d’affaires, il se dit «inquiet» en se lamentant que La Presse est devenu «irrémédiablement» un journal de gauche (Le Journal de Montréal, 10 septembre 2020). Et le Journal de Montréal qui rapporte cette «nouvelle» (sûrement pour assurer la diversité d’opinion chère à Kelly-Gagnon maintenant que La Presse est un média de gauche).  

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