On a beaucoup trop de médecins au Québec

Un gros canon caquiste pour réforme le «monstre»

Juin 2020, François Legault nomme Christian Dubé, un ténor caquiste, ministre de la santé, afin de réformer le «monstre», comme il l’appelle, de la santé publique au Québec. Monsieur Dubé est l’homme de la situation car il provient du privé et est comptable agréé. Qu’il n’ait aucune expérience dans le domaine de la santé publique n’est pas bien grave. Au Québec, on a le culte du privé supposément plus performant et qui excelle dans tout. La CAQ a nommé récemment à la tête de nos sociétés d’État, surtout pas des hauts fonctionnaires d’expérience, plutôt des «stars» du privé, comme chez Investissement Québec (PriceWaterhouse, un gros bureau de comptables), la Caisse de dépôt et placement (Banque Scotia) et Hydro-Québec (Énergir, anciennement Gaz Métro, qui est un importateur de gaz naturel).

Les médecins et les pharmaceutiques ont façonné le «monstre»

Il faut que monsieur Legault arrête, par respect pour les citoyens, de qualifier notre système de santé publique de «monstre», comme le faisait l’ex-ministre libéral Raymond Bachand, devenu un important lobbyiste pour plusieurs entreprises. Il oublie sciemment de dire que s’il est devenu un «monstre», c’est de sa faute, et qu’il l’a alimenté par des indécentes rémunérations aux médecins; son immobilisme face aux prix scandaleux des médicaments de ses pharmaceutiques chéries; par son refus systématique de donner plus de pouvoir aux superinfirmières et aux infirmières; par son blocage systématique de faire venir des docteurs étrangers; par sa fin de non-recevoir de convertir nos toubibs en salariés comme tous les autres professionnels de la fonction publique, etc.   

Les promesses loufoques de la CAQ

En 2012, le ministre caquiste vedette, neuropédiatre de son métier, qui a un CV qui fait plus de cinquante pages (tête enflée vous dites!), monsieur Lionel Carman, promettait (pour régler le problème récurrent de pénurie) au nom de la CAQ, rien de moins que : «Un médecin par Québécois, ça se fait» (Le Devoir, 28 août 2012). Trop, c’est comme pas assez que disait le poète prolétarien.

Plus modeste, François Legault, lui, toujours en 2012, a promis : «Un médecin de famille à tous d’ici 12 mois» (Le Devoir, 4 août 2012). Puis, afin de frapper fort à la veille des élections provinciales tenues en 2018 : «Un médecin ou une superinfirmière en moins de 36 heures, promet la CAQ», promesse réitérée par la CAQ en 2020 : «Québec (CAQ) veut garantir l’accès à un médecin en moins de 36 heures» (Le Journal de Montréal, 2 septembre 2018 et Le Devoir, 12 septembre 2020).

36 heures ou 864 jours : où est la différence?

«864 jours d’attente pour un médecin de famille» (Le Journal de Montréal, 11 septembre 2020). Voilà, la CAQ a tenu promesse : 36 heures ou 864 d’attente, ça se ressemble sur un horizon de temps infini. Et 864 jours d’attente, ça arrive oui, mais pas si souvent que ça. Il ne faut tout de même pas exagérer. Au 31 juillet 2020, le ministère de la Santé a mentionné que l’attente pour un toubib est seulement de 541 jours et que pour ceux dont l’état de santé est jugé «urgent ou prioritaire», l’attente moyenne est d’un minuscule 419 jours. 419 jours d’attente si le patient survit, bien évidemment.

Il y a un individu qui attend depuis 1030 jours. On devrait inscrire ce patient dans le livre des records Guinness : «Les vrais patients ce sont eux… Ils attendent un docteur depuis des centaines de jours» (Le Journal de Montréal, 11 septembre 2020). Voilà une façon de mettre le Québec sur la «map» mondiale.

À l’urgence itou on attend

Il manque aussi des docteurs à l’urgence : «Santé Québec. Parmi les pires urgences en Occident. Les séjours moyens des patients québécois sont plus du double des normes internationales» (Le Journal de Montréal, 3 juin 2018). Et avec l’élection de la CAQ, est-ce que les choses se sont améliorées? Non. Et malgré les belles paroles caquistes, ça a juste empiré : «Jusqu’à 23 heures sur civière. L’attente à l’urgence recommence à grimper» (Le Journal de Montréal, 14 novembre 2018). Pour relaxer un brin, dites-vous que vous êtes chanceux de vivre en démocratie, où le peuple est souverain et où vous êtes libres. À Cuba, en Chine et en Russie, ils ont beaucoup plus de médecins par mille habitants, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais ils vivent dans des pays communistes et ils ne sont pas libres…

2000 médecins de trop au Québec

Ne me sautez pas dessus. Oui, la pénurie de médecins au Québec est une fable, une légende colportée par des gens méchants, une vue de l’esprit selon qui d’après vous? Oui, selon l’ex-fabuleux ministre libéral de la santé, Gaétan Barrette. Même si, en 2017, plus de 200 000 patients inscrits au Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) attendaient depuis plus d’un an (Le Journal de Montréal, 27 juin 2017) et qu’il fallait compter : «404 jours pour voir un médecin… si c’est urgent» (La Presse, 9 avril 2017), et bien pour le fantasmagorique Gaétan Barrette, il y avait en 2016, selon les délires et les illuminations dudit ministre : «2000 médecins de trop au Québec. Le ministre Barrette veut réduire progressivement les admissions dans les facultés en 2018 ou 2019». Déjà en 2017, le ministre libéral était passé à l’action afin de «moderniser» le Québec : «17 étudiants en moins. Gaétan Barrette coupe le nombre de futurs médecins» (Le Journal de Montréal, 8 juillet 2017).

Faire plus avec moins

Vous connaissez la maxime ou l’adage niaiseuse souvent répétée par les libéraux et les lucides autoproclamés afin de justifier leurs mesures d’austérité? On va couper des milliards de dollars dans les services publics sans que cela affecte les services à la population, juré, craché que les bonzes claironnaient. Et ils ajoutaient, pour mieux rire de vous, qu’il y a moyen de faire plus avec moins. Mais pour certains adeptes de la réingénierie de l’État, il n’y a pas de pénurie de médecins du tout, c’est : «Davantage un problème d’organisation» (Le Journal de Montréal, 8 juillet 2017). Comme le chantait le poète et humaniste Gilles Vigneault : «Qu’il est difficile d’aimer». Difficile d’aimer les libéraux en tout cas.

Les mensonges du ministre

En plus d’avoir consenti de faramineuses augmentations de salaires aux toubibs, les libéraux de Charest et de Couillard leur ont permis de s’incorporer, afin de payer moins d’impôts, les ont inondé de primes de toutes sortes et les ont autorisé à charger aux patients de gros frais accessoires comme des pansements, des gouttes, de la ouate, etc. Et Gaétan Barrette de nous dire, en nous mentant éhontément une fois de plus : «Pas le choix d’autoriser les frais accessoires, dit le ministre Barrette» (Le Journal de Montréal, 7 octobre 2015). Ces frais étaient illégaux et contrevenaient à la loi fédérale sur la santé. Suite aux pressions du gouvernement fédéral de Justin Trudeau, Gaétan Barrette n’a alors pas eu le choix : «Santé : Québec (PLQ) abolit les frais accessoires» (Le Journal de Montréal, 14 septembre 2016).

L’amour a ses raisons que la raison…

Comme c’est ce qu’il aurait fait si l’ADQ avait pris le pouvoir, celui qui est partout chez l’empire Québecor, le «pragmatique» Mario Dumont voyait Gaétan Barrette comme futur chef du PLQ : «Gaétan Barrette doit plonger» (Le Journal de Montréal, 13 septembre 2019). Et pour la jeune députée libérale Marwah Rizqy, la course à la chefferie du PLQ s’annonçait plate sans la présence de Barrette : «Il est peut-être insupportable (pas seulement peut-être) mais il ne manque pas d’intelligence ni de verve» (Le Devoir, 19 septembre 2019). Sur ce dernier point, je suis moins d’accord, pour ne pas dire du tout.

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