Salaires des fonctionnaires : pitoyable reportage du Journal de Montréal

Le journal de Montréal rime avec endoctrinement et aliénation

Loin de moi l’idée d’être péjoratif, mais je le dis en toute franchise : au Journal de Montréal, on devrait se concentrer dans les faits divers et les sports, domaines qui ont toujours fait leur marque de commerce et dans lesquels il excelle. Il n’y a pas de honte à ça. C’est un domaine d’expertise intéressant et un créneau lucratif ainsi qu’accrocheur qui ne demandent pas de temps à se poser plein de questions et à s’épancher dans des sujets et événements qui exigent un temps fou à faire de la recherche.

Mais non, les journalistes et les dirigeants du Journal veulent aussi, comme le patronat, «brainwasher» les gens en vue d’arriver à moins d’État, à «blaster» les gras dur commis d’État, à déblatérer sur les syndicats et les sociétés à propriété collective, etc. Vous connaissez la chanson. Pour ce faire, au Journal de Montréal, on publie souvent les études biaisées (sans vérifier les chiffres et les prétentions) d’organismes patronaux de la grosse droite, comme l’Institut économique de Montréal (IEDM), le Fraser Institute, l’Institut du Québec financé par le Conference Board, et bien évidemment le Centre sur la productivité et la prospérité – Fondation Walter J. Somers qui loge aux HEC de Montréal et qui est dirigée par l’«émérite» professeur Robert Gagné. Le PLQ de Charest et de Couillard, afin de faire passer leur message du bienfait de l’austérité, ont eux aussi fait souvent appel à Robert Gagné et à ses talents «pédagogiques» et à son expertise à bien manipuler les chiffres dans la bonne direction.

Un reportage de 4 pages complètes

 J’ai trouvé tellement lamentable et pathétique de voir et de lire en page frontispice du Journal de Montréal du 5 octobre 2020, et imprimé en haut de la page en très gros caractères, ce titre de reportage «exclusif» de quatre pages entières : «Rémunération globale dans les 10 plus grandes villes du Québec. 105 000$ en moyenne par employé municipal». Accorder autant d’importance et d’espace à une telle étude (les journalistes ont pris tel quel les chiffres sans vérifier et ont gobé les paroles du professeur comme des éponges) réalisée par un organisme et un universitaire de la droite radicale en toute connaissance de cause, a pour but, entre autres, de monter les travailleurs ordinaires du privé contre les commis d’État; de dénigrer tout ce qui est public; de privilégier la privatisation des services publics afin de payer moins cher les employés avec peu d’avantages sociaux, comme les employés d’entretien, de surveillance et de sécurité, les préposés aux bénéficiaires, etc. Naturellement, nos journalistes professionnels n’ont pas questionné la méthodologie de la recherche du professeur, ses calculs, ses choix sélectifs, son tri des employés retenus, etc.

Qu’un média supposément d’information consacre quatre pleines pages à une telle affaire relève de la folie furieuse. N’ont-ils pas d’autres sujets ou événements plus pertinents à couvrir? Probablement qu’ils voulaient nous faire oublier la pandémie par du journalisme de misère. Je me demande sérieusement si ces journalistes se posent parfois des questions sur leur travail.

Le professeur Robert Gagné : un abonné du Journal

Le Journal de Montréal publie régulièrement et fidèlement les études «scientifiques» dudit universitaire, qui ont pour objectif, comme le mentionne le nom de son organisme «indépendant» de recherche, de favoriser la prospérité et de stimuler la productivité au Québec. Tout le monde sait que productivité et prospérité riment avec secteur privé.

Sans avoir fait une recherche exhaustive, j’ai retrouvé dans mes dossiers d’articles de journaux deux autres études récentes du professeur Robert Gagné publiées dans le Journal de Montréal avec en prime un autre gros titre à la page frontispice et à plusieurs pages de couverture. Toujours des études biaisées qui mettent l’accent sur l’incompétence et les coûts excessifs de l’État et de ses fonctionnaires :

  • «Le Québec dans le rouge. Le bar est toujours ouvert (pour les satanés fonctionnaires mais pas du tout pour les B.S. corporatifs du genre Bombardier et écoles privées)» (7 mars 2016);
  • Autre gros titre toujours en page couverture :

«Le Québec dans le rouge. Les Québécois (mais surtout par les richards) vivent au-dessus de leurs moyens» (29 janvier 2014). Une chance que le ridicule et la petitesse ne tuent pas.

Robert Gagné et sa Chaire universitaire à l’extrême droite

Au Journal de Montréal, on sait très bien que le professeur et son institut de recherche universitaire sont d’extrême droite : c’est ce qu’ils aiment et c‘est ce qu’ils veulent. Vous trouvez que j’exagère? Laissez-moi vous dire qui est le monsieur et quelles sont ses idées pour favoriser supposément la prospérité au Québec.

Encore dans le Journal de Montréal du 29 janvier 2014, autre gros article consacré aux plaidoyers de l’«expert» qui milite, comme le patronat, pour des baisses radicales de l’impôt sur le revenu (des riches opprimés fiscalement) et pour une vigoureuse hausse de la TVQ au Québec à… 18% : «Hausser la TVQ à 18% pour sortir le Québec… du rouge». Toutefois, le monsieur lucide ne s’en prend jamais aux paradis fiscaux; ne demande jamais de hausser l’impôt des compagnies ou de réduire leurs subventions; ne parle jamais de corruption et de collusion qui sont pour lui marginales; pas question pour lui de critiquer le salaire des boss mais plutôt celui des commis d’État, etc. Une TVQ à 18%, rien de moins.

Tout privatiser : des sociétés d’État aux services publics

Je vous l’ai dit, l’exalté universitaire a horreur des sociétés d’État, à qui il trouve plein de défauts et qu’il faudrait privatiser. En 2016, il a publié une autre étude scientifique qui arrive bien évidemment à la conclusion suivante : «L’inefficacité coûte cher à la SAQ». Et en 2017, avec de la suite dans les idées, Robert Gagné y allait d’une autre recherche, reprise par le Journal : «Nouvelle étude de Robert Gagné. 15 ans (seulement 15 ans) de déclin chez Loto-Québec» (Agence QMI-Journal de Montréal, 4 décembre 2017).

Plus vous donnez de l’avoine au cheval, plus il va tomber des graines pour les gueux

Une dernière sur le professeur des HEC. Dans un article, cette fois-ci critique, paru dans Le Devoir du 31 janvier 2014, sous le titre de la fixation et de l’obsession de l’universitaire de droite : «Le Québec n’a pas les moyens de ses ambitions. Une étude (de Robert Gagné) suggère de freiner l’expansion de l’État (en coupant et en privatisant) et de recourir à la tarification des services (publics)». Imaginez, Robert Gagné va alors jusqu’à «trouvé risqué d’aspirer à réduire les inégalités sociaux». Alors, trouvez-vous que j’exagère? Pour lui, il serait contre-productif de réduire les inégalités économiques et sociales. Pour créer de la richesse et stimuler la prospérité, il serait plus avisé d’augmenter les inégalités en préconisant les mesures et les politiques que cet universitaire et ses confrères Luc Godbout, Pierre Fortin et Claude Montmarquette suggèrent. D’ailleurs, ces quatre preux chevaliers universitaires étaient des abonnés aux comités et commissions paquetés mis sur pied par les libéraux de Charest et de Couillard afin «d’austériser» le Québec, comme le comité de 2014 et la «Commission de révision permanente des programmes» implantée en 2016 par le PLQ, et dont faisait partie Robert Gagné, afin d’aider le gouvernement libéral à lui dire où et comment réussir à couper 4 milliards$ dans les services publics.

Toutes les façons sont bonnes pour attaquer les syndicats

Québecor, la société mère du Journal de Montréal, de LCN et de TVA, et son président propriétaire majoritaire et ex-chef du Parti québécois, Pierre-Karl Péladeau, n’aiment pas les syndicats et encore moins ceux de la fonction publique. Et c’est PKP lui-même qui l’a affirmé en 2010 : «Le baron des médias (Pierre-Karl Péladeau) sonne la charge contre les syndicats tout-puissants» (Le Devoir, 22 janvier 2010). Des syndicats de travailleurs ordinaires qui oppriment et tiennent en otage des entreprises comme Amazon, Couche-Tard, Esso, la Banque Royale, Vidéotron, Bell, Bayer, etc.

Alors vous comprenez pourquoi on affectionne des organismes de recherche patronale de droite et des universitaires comme Robert Gagné? Et une dernière : «Imprimerie Mirabel. Un 15e lock-out en 20 ans pour Québecor» (La Presse, 2 septembre 2015).   

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