Le patronat : pour moins de français mais de grande qualité


 

Améliorer la qualité du français sans le protéger

Ah que j’ai pleuré à la lecture de l’opinion attendrissante du président du Conseil du Conseil du patronat du Québec, Carl Blackburn, un ancien haut gradé du parti libéral du Québec (en fait, le PLQ de Couillard et de Charest ne font qu’un). Comme il en sera avec Anglade si jamais vous êtes assez cinglés pour réélire le PLQ) publié dans le très sérieux Devoir du 15 février 2021 : «Préserver la qualité du français (tout en suggérant de généreuses coupes en éducation), une responsabilité urgente et collective». Que c’est beau ça!

Mais il ne faut pas voter plus de lois pour défendre le français

Encore une fois, le patronat se drape de bons sentiments sociaux mais cela n’est que mirage. Dans les faits, le patronat n’est intéressé que par le profit. D’un côté, il feint défendre la «qualité» du français au Québec mais ne veut surtout pas renforcer la loi 101 devant l’affaiblissement du français parlé dans la province au bénéfice de l’anglais. Pour la business, un Québec bilingue avec plus d’anglais au travail et à l’école est nettement ce qu’il y a de mieux.

Améliorer la qualité du français tout en coupant en éducation

Oui à l’amélioration de la «qualité» du français mais tout en charcutant les investissements en éducation publique et en subventionnant davantage l’école privée : «Budget québécois. Des programmes sociaux trop généreux (éducation et santé) selon le patronat» (Le Devoir, 17 février 2014). Oui, il y a toujours moyen de faire plus avec moins dans le public et d’en faire plus avec plus de fonds publics dans le privé, selon la légende universelle du patronat. L’hypocrisie est la marque de commerce du patronat qui tient à améliorer la qualité du français, même en net recul, et moins de financement public pour l’éducation, comme le démontre éloquemment cet autre article : «Dépenses publiques. Le Conseil du patronat du Québec espère (ses vœux seront alors exaucés par le PLQ) que Québec ne deviendra pas un bar ouvert (sauf pour les subventions aux entreprises)» (Le Devoir, 22 décembre 2008). Ah oui, le patronat s’épanche sur la «qualité» du français mais davantage sur l’urgence d’enseigner plus d’anglais à l’école.

Améliorer la qualité du français tout en accueillant moins d’immigrants français. Ça sent la rosserie!

Pour le patronat, qui n’est jamais à court d’idées pour se ridiculiser, il faut améliorer la qualité du français, c’est même impératif, tout en enseignant moins au primaire et au secondaire afin de faire plus de place à l’anglais, en n’exigeant point que les immigrés au Québec aient un minimum de connaissance en français et en s’opposant à des mesures coercitives qui obligeraient ces nouveaux venus à s’inscrire à des cours de français. Pour les nouveaux arrivants, la liberté de choix de la langue d’usage est de mise. L’important pour les boss est que les immigrants sachent parler l’anglais au travail et que les Québécois francophones fassent preuve d’ouverture en parlant en anglais à ces nouveaux immigrés qui sont venus nous apporter leur culture et leur expertise. Pour le patronat, il ne faut pas s’en faire avec ça : les immigrés vont apprendre le français sur le tas en communiquant en anglais avec leurs collègues de travail à l’usine. Voilà pourquoi l’ex-présidente des Chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand (ex-dirigeante également de l’UQAM), a publié cette opinion pleine de gros bons sens dans le Journal de Montréal du 19 décembre 2014 : «Nos exigences linguistiques (connaissance du français s’entend) bloquent-elles l’entrée d’immigrants francophiles?». La réponse est quoi selon vous?

Conseil du patronat, Chambres de commerce et Association des Manufacturiers

Il y a aussi l’Association des Manufacturiers du Québec qui milite énergiquement pour plus d’immigrés tout en n’exigeant pas comme critère principal d’admission la connaissance du français : «Les manufacturiers veulent plus d’immigrants (même s’ils n’ont aucune connaissance du français)» (Le Journal de Montréal, 10 décembre 2019). Le dirigeant de l’Association des manufacturiers du Québec, Éric Tétrault (et, oh, surprise, un autre ancien du PLQ), l’a dit clairement et sans ambiguïté : «Les usines (et aussi dans les bureaux) veulent embaucher des immigrants qui ne connaissent pas le français (et qui ne l’apprendront jamais)» (Le Devoir, 3 février 2016). Et après ça, ils viennent nous faire pleurer sur la nécessité d’améliorer la «qualité» du français au Québec alors que, dans les faits, le patronat prône plutôt pour une plus grande connaissance de l’anglais avec plus d’heures d’enseignement tant au primaire qu’au secondaire. Pourquoi pas à la maternelle? Je vous le dis, ils vont nous produire une étude sur les coûts exorbitants de parler français au Québec et les économies que l’on ferait de passer exclusivement à l’anglais.

Mario Dumont, l’ADQ et le patronat : la trinité d’affaires

Comme le PLQ de Charest et de Couillard, Mario Dumont, la coqueluche des boss et de Québecor, alors chef de l’Action démocratique du Québec, avait signifié sa fidélité au patronat en affirmant haut et fort : «L’ADQ abandonnerait le critère de la langue. La priorité irait aux immigrants capables de trouver un emploi dès leur arrivée» (Le Devoir, 13 mars 2008). Et comme bien souvent au travail, l’important est de maîtriser l’anglais et de parler à son boss en anglais. Voilà pourquoi certains aiment Mario.

Le patronat hypocrite en matière d’environnement aussi

J’ai de nouveau pleuré à la lecture de cet autre opinion «verte» et «écologique» rédigée par le patron du Conseil du patronat du Québec (CPQ) et publiée dans Le Devoir du 21 juin 2019 : «Le Canada doit devenir un exemple mondial en économie verte en s’inspirant du Québec (qui est pourtant, malgré les dires et les prétentions, un cancre dans le domaine environnemental)». Encore du n’importe quoi afin de mieux rire du monde.

Bon, d’accord pour l’économie dite «verte» et le développement dit «durable» mais sur une base volontaire seulement et sans mesures législatives qui viendraient brimer la loi naturelle et la liberté du marché : «Changements climatiques. Le patronat mise sur les lois (quelles lois?) du marché (pas sur les lois promulguées par les gouvernements). Le «test climat» gouvernemental prévu dans les projets de loi 102 du Québec est jugé superflu par le patronat» (Le Devoir, 25 novembre 2016). Le patronat, de grands défenseurs du bien commun, de l’environnement et de l’égalité des chances, vraiment?

Couper plein d’arbres c’est du développement durable

Oui, pour le développement durable (un terme trompeur et fourre-tout) mais pas trop que nous dit encore le patronat, et comme le fait actuellement la CAQ qui n’est pas mieux que le PLQ en matière de protection de l’environnement, le bien le plus précieux pour les générations actuelle et future : «Trop de développement durable nuit au développement économique (qui doit tolérer le droit inaliénable de polluer). Les forestières réclament un plus grand accès à la ressource ligneuse, c’est-à-dire à la forêt» (Le Devoir, 19 novembre 2013). Plus d’accès à la forêt en autorisant les coupes à blanc, en construisant des grosses routes forestières entièrement financées par l’État et des fonds publics et tant pis pour la faune, la flore, la biodiversité, les activités récréatives, etc. Le CPQ l’avait bien dit au gouvernement en 2005 : «Le patronat ne veut pas d’une loi sur le développement durable» (Le Devoir, 16 mars 2005). Donc, selon le petit catéchisme néolibéral radical du patronat, il faut miser sur l’économie verte mais sans loi gouvernementale pour protéger l’environnement et pour favoriser le développement durable. Pour verdir l’économie, il faut se fier uniquement aux divines lois dites naturelles du marché, car la création de richesse pour une minorité doit primer sur les mesures socialistes folichonnes des écologistes inconscients et insouciants : «Les coûts de l’environnement ne doivent pas nuire à la compétitivité des entreprises» et «Plus d’économie et moins d’environnement demandent les pétrolières» (La Presse, 13 mai 2011 et Le Devoir, 13 octobre 1999). Si les pétrolières le disent, c’est que…

Une dernière touchante du patron du CPQ

Et oui, comme vous le devinez, j’ai encore pleuré à chaudes larmes en lisant l’opinion du chef du Conseil du patronat publiée dans Le Devoir du 13 septembre 2013 : «S’accuser mutuellement ou travailler ensemble?». Toute personne ayant un cœur ne peut faire autrement que de pleurer beaucoup en lisant cet évangile patronal selon Yves-Thomas Dorval. Travailler ensemble selon le CPQ et enrichir les Québécois tout en n’augmentant pas le salaire minimum car : «Un salaire minimum à 15$ nuirait plus qu’il n’aiderait, dit le CPQ (peut-être serait-il préférable de le baisser?)» (Le Journal de Montréal, 11 novembre 2016). Travailler main dans la main avec le patronat tout en fermant certains villages : «Le président du CPQ (Yves-Thomas Dorval) veut vider les villages pauvres et recommande à Québec de relocaliser (les déménager quoi!) les habitants».

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