Après l’exode des «cerveaux» vint la pénurie de travailleurs

 Les combats du Journal de Montréal et du monde patronal

Il faut bien le dire en toute franchise mais avec respect, car il n’y a rien de pire que l’hypocrisie, la négation ou l’indifférence face aux mensonges véhiculés par les médias d’information et par la classe dominante. J’espère qu’au Journal de Montréal ils vont apprécier mes remarques et que Mario Dumont va enfin m’inviter à commenter à son… pardon, à ses émissions et ses tribunes à LCN, TVA, Qubradio, le Journal de Montréal et celui de Québec, etc. Ça ferait tellement plaisir à ma mère et ça signifierait pour moi la réussite de ma vie.

Dans mes vieux dossiers d’articles de journaux, j’ai ressorti tous les volumineux dossiers médiatiques rédigés par les journalistes «professionnels» du Journal de Montréal, relatant leurs héroïques combats, et qui relayaient parfaitement ceux du patronat, comme ceux menés depuis l’an 2000 sur l’obligation et l’urgence de s’attaquer à la dette publique du Québec, à l’exode massif de nos cerveaux, aux déficits «structurels» de l’État, et maintenant à la pénurie de main-d’œuvre. Tous des fléaux qui, s’ils ne sont pas réglés avec courage et solidarité, mèneront le Québec à la faillite. Dans tous les articles, et cela relève de l’insulte et du narcissisme maladif, on parlait de l’exode des «cerveaux». Si cela n’avait concerné que l’exode des gens ordinaires avec, il va de soi, un cerveau ordinaire, il n’y aurait eu aucun problème, même que cela aurait été profitable pour le Québec si on avait parlé de l’exode de certains syndicalistes, écologistes, religieux et même de quelques universitaires. Dans ce dernier cas, pourquoi vous pensez à moi?

Le Journal et l’exode des cerveaux

Oui, dans plusieurs dossiers, le Journal de Montréal se fait le porte-queue des commandes et des priorités du patronat. C’est un fait très bien documenté. Prenons en 2008, il y a eu pendant plusieurs jours des articles de plusieurs pages chacun consacrés à «l’exode des cerveaux». De la vraie rigolade. Et pour finir en beauté cette série de reportages téléguidés, au mois de mai 2008, il y a eu en conclusion, cet article faisant état des angoisses patronales : «L’exode des cerveaux inquiète les employeurs» (Le Journal de Montréal, 25 juin 2008). Aujourd’hui, ce qui traumatise le patronat et les larbins du Journal, c’est plutôt la dramatique pénurie de travailleurs qui pourrait être réglée de bonne fois en ouvrant librement et simplement nos frontières à des milliers de travailleurs immigrés, tout en privilégiant ceux qui ne sont pas chers. Et pour se montrer inclusif et vraiment respectueux de la liberté de choix de ceux que l’on accueillera, il ne faudrait surtout pas brimer leurs droits fondamentaux en exigeant d’eux qu’ils parlent français. L’anglais suffit : c’est plus commode, plus universel et, comme le dit le poète, c’est la langue du travail et des affaires. D’ailleurs, Denis Coderre a dit que Montréal était une ville francophone bilingue. C’est ça la mondialisation qui incite et invite tout le monde à parler l’anglais pour fins d’efficacité et de profitabilité. Bon, comme les cerveaux ont tous quitté le Québec, est-ce à dire qu’il ne reste que les tatas?

Pénurie de main-d’œuvre : Le Journal et le patronat repartent ensemble en croisade

Je vous le dis tout de suite : il faudra vite régler le fléau de la pénurie de travailleurs avant que toutes nos entreprises du Québec ferment. Et si on en fait venir en masse de l’étranger, il va falloir les payer pas beaucoup avec peu d’avantages sociaux. Sinon, et vous le savez fort bien, il faudrait les rémunérer à un salaire exorbitant de 15$ l’heure, avec en plus des bénéfices marginaux, ce qui va aussi mener nos entreprises à la faillite. Ça devient compliqué, non? Si on ne fait pas venir des travailleurs étrangers, même s’ils ne parlent et n’apprendront jamais le français, nos entreprises vont fermer que nous disent les boss et leurs faire-part du Journal. Par contre, si on en fait venir beaucoup, il faut se montrer raisonnable et ne pas trop les payer, sinon c’est la banqueroute assurée pour nos entreprises. À quoi sert de faire venir des milliers de travailleurs immigrés si c’est pour ruiner nos compagnies en le surpayant, disons à 15$ l’heure? Comme dit encore le poète, la modération a bien meilleur goût, surtout au niveau des demandes salariales des travailleurs ordinaires. Ce n’est pas du tout la même chose pour les médecins, les affairistes et autres cerveaux du genre. Eux il faut les payer beaucoup et baisser beaucoup leurs impôts sinon ils vont partir. Ben quoi, on a juste à taxer les gens ordinaires captifs car ils peuvent difficilement s’en aller ailleurs. Personne ou presque ne veut de cette composante de la population, surtout s’ils ont passé la cinquantaine. Comme ils disent, ce sont les cerveaux qui créent la richesse alors que la plèbe la draine. Comme l’a signé Statistique Canada : «La pénurie (postulée) touche davantage le «cheap labor»» (La Presse, 28 décembre 2017). Et le patronat, venant à la défense des gueux, a déclaré hypocritement : «Les PME dénoncent l’élitisme en immigration. Le Québec devrait ouvrir ses portes aux travailleurs non qualifiés (et surtout sous-payés), plaide le FCEI» (Le Devoir, 18 août 2016). Le patronat qui dénonce l’élitisme mais qui prône pour la santé et l’éducation privées.

Pénurie : le Journal frappe fort

Au Journal, dans plusieurs textes consacrés récemment à la pénurie de main d’œuvre, on n’y a pas avec le dos de la cuillère afin de frapper l’imaginaire. Une idée pour TVA, pourquoi ne pas faire une télésérie genre drame d’horreur sur le thème de la pénurie de la main-d’œuvre? Si jamais ils ont besoin d’un scénariste, je propose mes services, surtout que je prends ma retraite de professeur de comptabilité à l’UQAM après 48 ans de service, le 31 août 2021. C’est triste mais c’est comme ça. Comme le dit l’autre poète : toute bonne chose a une fin.

Oui, au Journal on ne niaise pas avec le «puck» pour vous faire voir la réalité alternative et parallèle du patronat en face : «Pénurie de main-d’œuvre : près de 150 000 postes vacants au Québec (selon le patronat)» (Le Journal de Montréal, 10 avril 2021). Et puis, que dites-vous de cet autre communiqué de presse, pardon de cet autre article «d’enquête» : «Pénurie de main-d’œuvre au Québec : une catastrophe annoncée, selon le patronat» (Le Journal de Montréal, 12 avril 2021). Si le patronat le dit, c’est que ça doit être vrai, non?

La catastrophe avec un grand C

Parlant de catastrophe, il faudrait que le patronat change de vocabulaire s’il veut nous effrayer car il avait dit la même chose en 2016 concernant le salaire minimum à 15$ l’heure : «Salaire minimum à 15$ : ce serait une catastrophe pour les PME, souligne la Fédération canadienne des entreprises indépendantes» (La Presse, 16 août 2016). Une dernière : «75% des PME en manque de travailleurs» (Le Journal de Montréal, 8 février 2020). Ça c’était au mois de février 2020. Aujourd’hui, ça doit être rendu à au moins 90%, pas seulement pour les PME mais pour toutes les entreprises, même les transnationales. Une drôle du Journal pour détendre l’atmosphère : «PME : des travailleurs étrangers «permanents» souhaités» (Le Journal de Montréal, 2 décembre 2014). Dire qu’en 2017, on était à 70% contre 75% en 2021 : «Sondage patronal (très objectif). 70% des entreprises ont de la difficulté à recruter de la main-d’œuvre» (Le Devoir, 11 février 2017).

Pénurie de main-d’œuvre : mythe ou mensonge

Les amis, dites-moi c’est quoi la logique pour nos gouvernements (CAQ et PLC) de verser des milliards en fonds publics à des entreprises souvent milliardaires afin de créer de l’emploi si nous sommes vraiment à court d’employés au Québec? Pourquoi donc alors subventionner les géants du commerce électronique comme CGI et IBM, les géants du multimédia, comme Ubisoft et Google, les géants de la finance internationale, de l’intelligence artificielle, etc.? On est supposément en pénurie d’employés. Subventionner des entreprises de la sorte vient exacerber la pénurie de travailleurs pour plusieurs entreprises et crée une distorsion dans le marché du travail. Petite question : il y a un domaine dans lequel il y a depuis longtemps pénurie au Québec et que nos élus, au lieu de la régler avec courage, l’amplifient? Les médecins!

Sur le thème de la pénurie de main-d’œuvre, il faut en laisser plus qu’en prendre. En 2014, le Directeur parlementaire du budget à Ottawa l’avait dit : «Le portrait n’est peut-être pas si sombre. Rien ne prouve qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre dit Jean-Denis Fréchette» (Le Devoir, 26 mars 2014). Et même la banque TD a dit ceci : «Pénurie de main-d’œuvre. Un mythe (plus un mensonge selon moi) souligne un rapport de la TD» (La Presse, 22 octobre 2013). Mythe ou mensonge, on va continuer à vous le répéter.

L’exode des cerveaux était aussi un mensonge

À propos des mensonges du pseudo-exode des cerveaux, qui avait pour objectif de réduire substantiellement l’impôt des riches (car riche et cerveau vont évidemment de pair), Statistique Canada l’avait signalé : «L’exode des cerveaux est un mythe» (Le Journal de Montréal, 25 mai 2000). En 1999, Statistique Canada l’avait aussi dit : «L’«exode» des cerveaux : l’affaire d’un petit nombre» (La Presse, 29 août 1999). Et même la Banque de Montréal l’a confirmé : «L’exode des cerveaux est un phénomène exagérée» (Les Affaires, 3 avril 1999). Mythe ou pas, certains médias doivent persister à…

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