Isabelle Hudon ou comment continuer à rire du monde

https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2021-04-30/isabelle-hudon-nommee-pdg-de-la-bdc.php

Une potiche pour qui le paraître importe beaucoup

Je vais dire tout de suite la morale de mon histoire : quand vous militez pour le patronat et que vous êtes politiquement très à droite, alors c’est «sky is the limit», tant en politique que dans le secteur privé. Et de ce fait, bien évidemment, les journalistes et les médias d’information vont vous adorer et faire de nombreux reportages positivement positifs sur votre personne.  Ainsi va la vie.

Prenons par exemple le cas d’Isabelle Hudon, qui vient d’être nommée par Justin Trudeau à titre de présidente de la société à propriété collective qu’est la Banque de développement du Canada (BDC), qui finance, subventionne et verse des milliards de dollars à nos entreprises afin de les aider à exporter leurs biens et services : «Isabelle Hudon à la tête de la BDC» (Le Devoir, 1er mai 2021). La dame n’a aucune expérience bancaire pertinente : pas grave, il n’y a rien là. Mais Isabelle Hudon a toujours travaillé pour des firmes privées, comme la Sun Life, l’agence de relations publiques et de lobbyisme Marketel, la Chambre de commerce de Montréal et jamais pour un instrument collectif. Vous savez bien que l’on peut passer facilement du privé au public, et cela est souhaitable car ces affairistes vont aider le public à se moderniser et à être plus rigoureux qu’ils disent. Évidemment, on aurait intérêt à gérer l’État comme une entreprise. Dans le passé, madame Hudon, en plus de son emploi à temps plein, siégeait à certains moments sur une douzaine de conseils d’administration d’organismes publics comme Hydro-Québec, UQAM, Aéroports de Montréal, Centraide, la Fondation les petits trésors, Société du Havre, Collectif des festivals montréalais, etc.) et privés (Holt Renfrew, Musée de l’humour, etc.). Complètement loufoque mais Isabelle Hudon est bourrée de talents et elle aime faire parler d’elle et se faire voir. C’est une grande travaillante.

Isabelle Hudon nommée ambassadrice du Canada en France

Encore sans aucune expérience et formation dans l’important et complexe domaine diplomatique, Justin Trudeau, qui l’aime bien, nomme en 2017 Isabelle Hudon ambassadrice du Canada en France : «Isabelle Hudon ambassadrice à Paris» (Le Devoir, 30 septembre 2017). Aie, ça ne fait pas sérieux. Du jour au lendemain, la dame devient ambassadrice en France même si elle n’a aucune connaissance de ce milieu névralgique. Ça frôle le mépris pour tout employé diplômé et expérimenté à l’ambassade du Canada en France et à la Banque de développement du Canada de voir ainsi parachuter une telle personne. Ça, ce sont de vraies nominations politiques.

Une vraie patriote : en 2010, elle passe à la Sun Life

En 1978, la Sun Life a posé un odieux geste de chantage envers le Québec en déménageant son siège social en Ontario suite à l’élection surprise du parti Québécois, qui a osé adopter la loi 101 afin d’atténuer la régression du français au Québec et qui s’apprêtait à faire un référendum sur l’indépendance du Québec. Bah, pour certains carriéristes, il ne faut pas en faire tout un plat, et c’est pourquoi qu’en 2010, Isabelle Hudon fut nommée présidente (un poste nouvellement créé spécialement pour elle, qui s’assimile à une job de lobbyiste en chef) même si elle n’a encore une fois aucune expérience dans le domaine de l’assurance, comme elle l’a mentionné elle-même : «Le choix d’Isabelle Hudon ne s’est pas fait en fonction de ses grandes aptitudes financières : elle a confessé elle-même qu’elle n’en avait pas. C’est son réseau de contacts qui a intéressé les dirigeants de la Sun Life. Présidente de la Sun Life au Québec. Le pari d’Isabelle Hudon» et «Isabelle Hudon veut redorer (la dame n’a aucun complexe) le blason de Sun Life au Québec» (La Presse, 10 août 2010 et 19 janvier 2013). En passant, il aurait fallu bannir à tout jamais la présence de la Sun Life au Québec alors qu’elle est partie pour l’Ontario en 1978.

Relations publiques et chambre de commerce : ça va tellement ensemble

En 2008 : «Isabelle Hudon s’en va comme présidente chez la firme de publicité, de relations publiques et de lobbyisme Marketel», poste qu’elle va quitter en 2010 (Le Devoir, 27 octobre 2008 et Les affaires, 19 juin 2010). Lors de son entrée chez Marketel en 2008, Isabelle Hudon, la prête-à-porter par excellence, a mentionné candidement que : «Elle écarte un saut en politique… pour l’instant» (La Presse, 22 octobre 2008). Elle qui est une ancienne du parti conservateur du Canada va peut-être se joindre au parti libéral du Canada de Justin Trudeau, qui va nous la présenter comme une candidate vedette de prestige.

Et de 2004 à 2008, Isabelle Hudon a été présidente de la Chambre de commerce de Montréal. Madame Hudon sait adapter son discours et ses positions afin de plaire à ses patrons et de faire-valoir son image «corporative» qui mousse la réingénierie de l’État afin de faire plus de place au privé et aussi aux opportunistes.

Privatiser les régimes publics de pensions

Ainsi, lorsqu’elle était dirigeante à la très «canadian» Sun Life, elle privilégiait les régimes privés de retraite au lieu des régimes publics de pension : «Régimes volontaires (privés) d’épargne-retraite. Sun Life a une pensée pour les PME (et une pensée pour elle-même du genre privatiser les régimes de retraite au profit des assureurs et des banques). Il faut minimiser les coûts pour les entreprises (en les subventionnant) dit Isabelle Hudon» (Le Devoir, 22 mars 2011). Elle ne connait rien au domaine des régimes de retraite mais elle répète ce qu’on lui a dit de dire.

Privé, oui, mais subventionné et défiscalisé

Madame Hudon a toujours préféré le bien privé au bien commun, et cela remonte du temps où elle travaillait pour le parti conservateur du Canada. C’est elle qui, à titre de présidente de la Chambre de commerce de Montréal, a suggéré d’implanter des mesures fiscales très régressives (tout le contraire de celles préconisées par Obama et Biden) à l’effet d’augmenter les taxes à la consommation (TVQ et TPS) et de réduire drastiquement les impôts sur le revenu des entreprises (Les Affaires, 6 septembre 2008). Madame Hudon ne connait absolument rien en politique fiscale que vous allez me dire. Pas grave, sa job est d’être le haut-parleur du patronat.

Complètement capotée est cette lumineuse idée qu’elle a émise en 2006 et qui demandait aux gouvernements du Canada et du Québec de subventionner les entreprises d’ici qui délocalisent leurs usines et les emplois à l’étranger. Sans compter, qu’en plus, ces mêmes compagnies reçoivent tout le temps de grosses aides financières de la part des pays ou des provinces qui les accueillent : «Québec doit financer les investissements à l’étranger. Les délocalisations ne sont pas à craindre (tout de même curieux, François Legault a dit récemment la même chose), estime Isabelle Hudon de la Chambre de commerce» (Le Devoir, 7 avril 2006). Bien sûr que non il n’y a rien à craindre, c’est même bon pour les travailleurs québécois. Dire de telles inepties relève du mépris et de l’insulte à l’intelligence. C’est fort, elle demande de subventionner les délocalisations et les pertes d’emplois ici et la création d’emplois ailleurs.

La dame n’a aucun diplôme

Ce n’est pas moi qui a dit qu’elle n’a aucun diplôme universitaire mais elle-même : «Je ne suis pas un produit universitaire. Je n’ai pas de diplôme» (La Presse, 13 septembre 2008).

Article très louangeur d’une pleine page rédigée par l’imbuvable Nathalie Petrowski. Même si elle n’a aucun diplôme universitaire, les ignares intéressés de l’UQAM l’ont, en 2008, nommée présidente du conseil d’administration (Le Devoir, 15 août 2008). Je n’ai absolument rien contre les gens qui n’ont pas de diplôme universitaire, mais veuillez m’excuser si je trouve totalement inacceptable que l’on nomme comme présidente du conseil d’administration d’une grosse université de plusieurs milliers d’employés et d’étudiants comme l’UQAM une dame qui n’a aucune expérience dans le domaine et qui n’a jamais fréquenté l’université, donc qui n’y connait absolument rien. L’UQAM est une institution d’enseignement complexe qui mérite mieux et plus de respect. Mais pour la chroniqueuse de La Presse, Nathalie Petrowski, qui faisait davantage représentante de commerce, elle ne voyait, bien au contraire, aucun problème à la nomination politique d’Isabelle Hudon. En vrai, elle a écrit ceci dans son texte du 13 septembre 2008 : «À 41 ans, la blondissisme dynamo (Isabelle Hudon bien entendu) s’apprête à relever un des plus grands défis de sa vie : rétablir la confiance du public à l’égard d’une université (UQAM) en crise et au bord de la faillite».

Prochaine étape d’Isabelle Hudon : se lancer en politique pour la défense du monde ordinaire.

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