NOS MINISTÈRES DE L’ENVIRONNEMENT

DÉCORATIFS, IMPUISSANTS, INEFFICACES

Texte de Jean-Pierre Joly, prête catholique

Cher amis, j’ai l’honneur de publier un très bon texte portant sur l’état de notre maison commune rédigé par mon ami le père Jean-Pierre Joly de Ste-adèle.  

Quelqu’un a déjà affirmé que le ministère de l’environnement offrait une première marche à celle ou celui qui aspirait à un ministère plus prestigieux. Ce ministère perpétue toujours celui qui donne une touche verte à tout gouvernement, n’affichant aucune envergure ni poids politique réel. Ce ministère se distingue très souvent par des promesses, des livres verts sans suites et un langage de bois en réponse à son rôle de protecteur de l’environnement et de soutien aux instances citoyennes qui manifestent et qui proposent plein de projets alternatifs pour une transition vraiment à couleur écologique. Ce ministère brille par son absence et son invisibilité lors des pompeuses conférences de presse concernant de grands projets industriels et d’infrastructures qui affectent l’aspect environnemental.

Je me limite à étaler des situations très concrètes qui, par elles-mêmes, illustrent les flagrantes faiblesses du ministère de l’environnement.

Le projet Ray-Mont dans l’est de Montréal, plus précisément dans le secteur Hochelaga-Maisonneuve : un promoteur y envisage un projet de transbordements de conteneurs dont la réalisation prévoit la circulation d’une centaine de wagons par jour ainsi que le passage de milliers de camions, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les gens qui habitent le secteur se sont regroupés non seulement pour contrer un tel projet pollueur d’air et de bruit, mais pour proposer d’y aménager plutôt un parc nature plus respectueux de leur qualité de vie. Le Centre québécois de droit à l’environnement rappelle que le gouvernement peut « sur recommandation du ministre, » assujettir un projet à la procédure d’évaluation environnementale prévue par la législation. Pour cela, le ministre « doit déterminer » que les enjeux environnementaux que peut provoquer un tel projet sont majeurs et que les préoccupations du public le justifie. À date, le bureau du ministre refuse de s’y engager, alors que son rôle exige d’être à l’écoute des citoyens, de les soutenir dans leur approche pour des espaces d’air pur, de santé et de paix.

Une coupe à blanc illégale d’érables, à l’ouest de Montréal. Il s’agit d’une érablière abattue sans autorisation : vingt hectares de forêt, l’équivalent de 28 terrains de football. On dénonce le silence des autorités provinciales; quant au ministère de l’environnement du Québec, il a envoyé deux inspecteurs sur place et attend les résultats de leur analyse. Pour le moment, le mal est fait et nous devons nous résigner à cette laconique réponse : « Le cas échéant, le ministère n’écarte aucun recours et surveille le dossier de très près. » Une si lamentable réaction ne peut qu’inciter d’autres promoteurs ou propriétaires de boisés d’aller de l’avant dans un déboisement sauvage : on n’y risquerait si peu!

Le problème de l’industrialisation de nos forêts. Il y a quelques semaines, surgissait une autre tempête quant à nos politiques en regard de la protection et de l’exploitation de la forêt au Québec : manque de planification, coupes à blanc, non-respect des territoires autochtones, négligence dans l’application des lois et règlement concernant la forêt… Encore ici, à ma connaissance, nous nous sommes heurtés au puissant ministère des Terres et Forêts de la Faune et des Parc, ministère qui semble céder ou très peu résister aux lobbies de l’industrie. Du côté du ministère de l’environnement, bouche cousue; la conservation forestière ne semble pas le concerner et donne l’évidente impression de s’avouer impuissant face à un ministère plus prestigieux.

En manchette : Entente pour aller de l’avant avec un tunnel routier reliant Québec et Lévis; une infrastructure démesurément dispendieuse, faisant fi du fait que la circulation automobile soit devenue la première cause des émissions de gaz à effets de serre. Les sorties et entrées de ce tunnel vont exiger des bretelles qui empièteront sur de riches terres agricoles en plus de contribuer à un étalement urbain. Lors de cette annonce, où était le ministre de l’environnement? Autre aveu de son impuissance et de son assujettissement à une politique gouvernementale de croissance illimitée.

Fait significatif : lors d’une conférence de presse qui a suivi le dévoilement du budget provincial, un journaliste pose cette question au ministre : «Qu’advient-il de la possibilité d’imposer une taxe sur l’achat de véhicules énergivores (VUS et camionnettes)?» Sa réponse : «Impossible car trop de gens possèdent de tels véhicules.» Réponse on ne peut plus clair pour souligner l’évidence d’un pénible manque de visIon sur les réalités d’ordre climatique et comment cette molle réponse cherche insidieusement à se gagner une clientèle électorale.

Il n’y a pas si longtemps, un article du Devoir faisait mention des problèmes causés par le volume grandissant de résidus miniers du lac Bloom, à proximité de Fermont. Cette exploitation doit générer, jusqu’à 2040, 1,3 milliard de tonnes de résidus et de stériles, dont 822 millions de tonnes devront être stockées dans de nouveaux sites, La compagnie se dit donc obligée de remblayer des milieux humides hydriques en les remplissant de résidus miniers; projet susceptibles de toucher 38 lacs, 1 étang et 41 ruisseaux. Greenpeace, Nature Québec, la Fondation Rivières et Eau secours ont écrit au ministre Charrette : réponse officielle : «Le ministre prendra une décision à ce sujet lorsque la période d’information et de consultation prendra fin…» Toujours pas de BAPE en date du 13 mai pour évaluation à la mine du lac Bloom. On devine aisément que le plus puissant ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles puisse faire ombrage à celui de l’environnement.

Qu’en est-il de l’indécision prolongée de la consignation des bouteilles de verre et des contenants d’eau embouteillée? Et qu’en est-il de la gestion des déchets dont la production ne cesse de faire problème pour l’environnement et dont le surplus est déversé dans le Saint-Laurent?

Projet GNL, au Saguenay-Lac- St-Jean. Un gazoduc de 780 kilomètres qui alimenterait l’usine de liquéfaction  de GNL Québec en gaz naturel albertain. L’objectif est d’exporter chaque année 11 milliards de tonnes de gaz naturel liquéfié; le gazoduc traverserait des milieux forestiers et des milieux humides ainsi que des habitats d’espèces animales menacées. Des gens d’affaire et des municipalités ont appuyé ouvertement ce projet même si pour le moment nous ne connaissons pas les répercussions environnementales. L’évaluation se fait conjointement entre les gouvernements provincial et fédéral. Le ministre de l’environnement promet une décision dans ce dossier d’ici l’automne 2021, dans la foulée d’un rapport très critique de la part du BAPE. Ce projet entraînerait le passage de nombreux et réguliers super-méthaniers sur la rivière Saguenay, dans les secteurs de reproduction des bélugas, pour acheminement vers l’Europe dans le but d’aider la transition durable : ridicule!

Tout récemment, le gouvernement Legault s’est opposé à la protection du chevalier cuivré dans les eaux du Saint-Laurent, un poisson en voie de disparition. Une décision rendue par Ottawa confirme la protection de cette espèce, tout en laissant la porte ouverte à la destruction d’une partie de cet habitat par le Port de Montréal, à Contrecoeur. Voici une déclaration de la ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal : « Ce projet est en synergie avec notre vision de mise en valeur du fleuve Saint-Laurent afin d’en faire un corridor économique performant. » À noter que l’aide financière du gouvernement du Québec a été accordé avant la fin de l’examen environnemental et au moment où le projet était au cœur d’une action en justice contre le gouvernement fédéral, lancée par des groupes qui exigeaient la protection de l’habitat des espèces en péril au Québec. Ce projet d’expansion portuaire doit permettre de faire transiter chaque année jusqu’à 1, 15 millions de conteneurs. Jusqu’à 1200 camions y transiteront chaque jour en période de pointe. Les émissions de gaz à effet de serre ont toutefois été exclues de l’évaluation fédérale. Où sont les ministres de l’environnement et des changements climatiques?

Du côté du gouvernement fédéral, on a les pieds enfoncés dans le pétrole. Justin Trudeau approuve un projet de 7, 4 milliards de dollars visant à tripler la capacité de l’oléoduc Trans Mountain de la société Kinder Morgan, lequel traverse la Colombie Britannique pour transporter le pétrole à haute teneur en carbone extrait des sables bitumineux de l’Alberta. Ce pipeline nous appartient car acheté par le gouvernement fédéral à même nos taxes. Jamais permission nous a été demandée pour un tel investissement; aucune préoccupation en regards des droits territoriaux des autochtones, aucune préoccupation en ce qui concerne la pêche au saumon et l’accès à l’eau potable.

Ne sommes-nous pas tous en train de marcher tels des somnambules insouciants vers un désastre de la nature et vers une sérieuse atteinte à la santé physique et sociale de nos populations? Il faudrait réduire d’au moins 55%, d’ici 2050, l’utilisation du gaz naturel et 75% l’utilisation du pétrole. Ce scénario ne cadre pas du tout avec les projections actuelles de production pétrolière et gazeuse au Canada – on prévoit plutôt une croissance de 30% de la production gazière d’ici 2040. Quant au secteur du pétrole, l’industrie envisage une croissance notamment dans le secteur des sables bitumineux, le site de loin le plus polluant au pays. De plus, au large de Terre-Neuve, on souhaite doubler la production pétrolière en milieu marin après 2030 – un souhait appuyé par le gouvernement Trudeau qui a déjà approuvé 40 nouveaux forages depuis le début de l’année. Tout cela après 5 ans de la signature de l’Accord de Paris.

La journaliste canadienne Naomi Klein a travaillé en collaboration avec des scientifiques et experts en droits environnementaux pour faire émerger ce qu’ils appellent un Great New Deal en environnement. Ce projet a-t-il fait la manchette des médias? Il demeure encore dans la boîte des convaincus. Si jamais un gouvernement, poursuit-elle, a l’audace de mettre en œuvre un tel Deal, il aura besoin de puissants mouvements sociaux pour le soutenir; il s’agit là d’une formidable occasion de nous unir et de lutter enfin pour un objectif commun, une mission commune. Le Great New Deal n’envisage pas la crise du climat comme un enjeu parmi d’autres sur une liste de priorités; il fait plutôt écho à l’appel de Greta Thunberg qui presse le monde d’agir «comme si la maison était en feu.» Peut-on exiger de nos ministres de l’environnement de prendre au sérieux et de faire la promotion de ce New Deal? Peut-on attendre d’eux de traiter une urgence comme une urgence en consacrant toutes leurs énergies et ressources à l’action et non à s’époumoner sur les nécessités d’agir. Tergiverser devient un crime contre l’humanité.

En décembre 2019, le discours du trône à Ottawa annonçait la plantation de deux milliards d’arbres pour purifier l’air et rendre les communautés plus écologiques. Cet engagement tarde toujours à se concrétiser : l’automne dernier, pas un seul arbre n’avait encore été planté. De plus aucun sou n’a encore été versé pour la réalisation de ces plantations. En septembre dernier, le fédéral promettait d’interdire les plastiques à usage unique nocifs en 2021; deux semaines plus tard, le ministre de l’environnement précisait que seuls six articles précis seraient interdits, notamment les pailles et les ustensiles.

Bref, la transition vers des sources d’énergie plus accessibles et moins polluantes piétine sur place depuis 5 ans; le Canada arrive au 100e rang, sur 115 pays, en matière de durabilité environnementale, derrière les États-Unis et tout juste devant la Chine (106e).

*

Que conclure?

  • On ne sent pas de réelle, sérieuse et convaincante volonté politique en ce qui concerne l’environnement et la lutte aux changements climatiques.
  • On demeure dans une logique de croissance à tout prix.
  • Lois et règlements touchant l’environnement peu contraignants.
  • Programme de transition semé de compromis et d’échéanciers vagues.
  • Promesses retardées ou remises.
  • Davantage à l’écoute des instances financières que des citoyens et des nouvelles générations.
  • Vision d’avenir à très court terme.
  • Bref, la situation ne provoque pas l’urgence d’agir.

«Je ne veux pas que vous soyez pleins d’espoir. Je veux que vous paniquiez. Je veux que chaque jour vous ayez peur comme moi. Et puis je veux que vous agissiez. Je veux que vous agissiez comme si vous étiez en crise. Je veux que vous agissiez comme si notre maison était en feu. Parce qu’elle l’est. » (Greta Thunberg)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s