Bayer-Mosanto : autre compagnie qui mène au pays

Le libéral Pierre Paradis avait raison

Dans la vie, il faut être objectif et reconnaître les mérites de tous, même de ceux que nous avons l’habitude de critiquer négativement, comme les libéraux du Québec. Mais, force est d’admettre que l’ex-ministre libéral de l’Agriculture, monsieur Pierre Paradis avait raison de dire ceci, à propos de la transnationale allemande de pesticides, d’herbicides et autres produits toxiques du genre de son produit vedette le Roundup, soit la compagnie Bayer-Mosanto : «Les géants des pesticides sont plus puissants que l’État» (Le Devoir, 23 octobre 2015). Et tous nos gouvernements occidentaux supposément démocratiques, de Ronald Reagan à Margaret Thatcher en passant par Stephen Harper, Jean Charest et Philippe Couillard, sont complices de cette dictature corporative en prêchant tout le temps les politiques du moins d’État, plus de privé, en signant en catimini des traités de libre-échange voulus par le patronat; en déréglementant et en décloisonnant des pans entiers de l’économie; en défiscalisant les entreprises et en tolérant leurs paradis fiscaux, synonyme d’évasion fiscale; en favorisant l’accueil des lobbyistes; en recrutant des candidats «vedettes» en politique issus du secteur privé; en retournant travailler dans le privé après leur service politique; etc.

Il faut saluer la franchise ou la naïveté de l’ex-ministre libéral Pierre Paradis. Qu’un politicien de droite vienne admettre la vérité à l’effet que les géants corporatifs des pesticides, et encore plus les banques, les pétrolières, les GAFAM, les pharmaceutiques, etc. sont plus puissants que l’État démontre clairement l’illusion que nous vivons prétendument dans une véritable démocratie, que nous sommes libres et qu’il y a une égalité des chances pour tous. Alors, avant de décrier les dictatures socialistes de d’autres pays, il faut bien se regarder dans le miroir. Monsieur Paradis faisait alors référence en 2015 à l’américaine Mosanto qui est devenue encore plus puissante en 2016 lorsqu’elle a été acquise pour 66 milliards$ par l’allemande Bayer : «Bayer achète Mosanto. L’inventeur de l’aspirine (comme si les pharmaceutiques étaient mieux en termes d’éthique que les compagnies chimiques) prend un risque réputationnnel en faisant l’acquisition d’une compagnie parmi les plus controversées dans le monde» (Le Devoir, 15 septembre 2016). Les fusions d’entreprises riment, au plus grand profit des actionnaires, avec moins de concurrence et plus de collusion; moins d’emplois découlant des effets bénéfiques dits synergétiques; hausse des prix et plus de puissance à ces potentats. Et nos gouvernements occidentaux démocratiques ont entériné sereinement ce mariage corporatif : «L’Union européenne autorise le rachat de Mosanto (et aussi le gouvernement américain) par Bayer. Plus d’un million de citoyens (pro-démocratie?) avaient demandé à la commission à la concurrence de bloquer cette «fusion infernale» (Le Devoir, 22 mars 2018). Ah oui, j’oubliais de vous communiquer cette bonne nouvelle parue dans Le Devoir du 30 novembre 2018 démontrant les bienfaits de cette fusion pour les actionnaires et les dirigeants : «Bayer supprime 12 000 emplois». Adios, ils sont partis sans prime de séparation toutefois. Ces primes sont réservées aux patrons.

Le boss exige et le subalterne s’exécute

Allant à l’encontre de ce qui s’est fait en Europe et aux États-Unis, les mercenaires de Bayer-Mosanto demandent comme ça et sans aucune autre cérémonie au gouvernement canadien de Justin Trudeau d’augmenter, plus qu’ailleurs, l’utilisation de glyphosate, un pesticide dangereux servant à l’agriculture (le principal composant de son produit Roundup) : «Une hausse des résidus demandée par l’industrie (lire Bayer-Mosanto)» (Le Devoir, 23 juillet 2021). Et le gouvernement libéral de se soumettre en mettant sur pied une série de consultations bidon, bien évidemment. Comme d’habitude, et cela est scandaleux, Santé Canada et les gouvernements tant fédéral que provinciaux se basent, pour prendre leurs décisions, sur des études produites et rédigées par l’industrie des pesticides et des herbicides et sur celles qu’elles financent et octroient à ses propres experts. Incroyable mais vrai.  

Les mensonges coutumiers de Bayer

Même si, en 2015, le Centre international de recherche sur le cancer a affirmé que le glyphosate était un cancérigène probable et avait suggéré alors de réduire son utilisation, et bien pour la compagnie, tenez-vous bien, pour Santé Canada (un organisme gouvernemental censé être au service de la population et non des compagnies) a dit que : «Les produits contenant du glyphosate ne présentent pas de risques inacceptables pour la santé humaine ou l’environnement». Santé Canada fait preuve d’ignorance et de mépris. Cet organisme public se comporte comme un lobbyiste et comme une agence de relations publiques de l’industrie. Bravo à Québec Solidaire et à sa députée provinciale Émilise Lessard-Therrien qui a dit tout haut ce que tout le monde sait : «Le Canada est à genoux devant Bayer» (Radio-Canada, 23 juillet 2021). Pas à genoux seulement devant Bayer, mais aussi devant les GAFAM, les pétrolières, les banques, les pharmaceutiques, le Conseil du patronat et bien «naturellement» des États-Unis.

Oui, les herbicides et les pesticides tuent et polluent

Ah ben, tu ne me dis pas : «Le désherbant Roundup (dont fait partie le glyphosate) une nouvelle fois (donc ce n’est pas la première fois) jugé cancérigène par un jury américain» (Radio-Canada, 19 mars 2019). Et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui affirme que : «Cinq pesticides classés cancérigènes probables ou possibles. Le Roundup de Mosanto a été classé probable chez l’homme, une décision (oh surprise) à laquelle s’oppose la multinationale» (Le Devoir, 21 mai 2015). Décision à laquelle s’oppose Bayer mais aussi son laquais Santé Canada.

Et en 2017, un rapport de l’ONU qui enfonce le clou en disant ceci : «L’utilité des pesticides déboulonnée» (Le Devoir, 9 mars 2017). Mauvais pour l’humain, catastrophique pour les animaux et criminel pour les lacs et rivières. Des gouvernements indépendants vraiment au service de la population interdiraient à jamais l’utilisation de cette merdre chimique que sont les herbicides et les pesticides, même pour les ignorants faisant appel à ces produits toxiques afin d’avoir le plus beau gazon du coin. Qu’il fait bon en prenant une petite bière de regarder son gazon.

Le patronat qui nous prend encore une fois pour des imbéciles

Afin de défendre leurs odieux privilèges, le patronat, comme vous le savez, s’achète continuellement des lobbyistes, des articles de journaux, des médias de tout poil, des experts scientifiques, des universitaires, des organismes de recherche, des fondations, des ONG, des politiciens retraités, etc. afin de vous aliéner et de vous intoxiquer en vous disant que l’on doit impérativement diminuer l’impôt des riches et des compagnies; qu’on l’on ne doit pas s’attaquer aux inégalités «naturelles» de la richesse; qu’il faut augmenter le salaire des médecins et leur permettre de s’incorporer afin qu’ils paient moins d’impôt que le travailleur ordinaire; que le prix de l’essence découle des lois du marché très concurrentiel; qu’il ne faut pas risquer la vie des malades en obligeant les pharmaceutiques à baisser leurs prix shylockiens; au nom de l’efficience et de l’efficacité, il faut tout privatiser de l’école à la santé en passant par l’eau et en faisant au passage l’apologie des écoles, des cliniques et des garderies privées. À cet effet, les médias d’informations sont toujours prompts, afin de protéger leurs revenus publicitaires, à publier n’importe quelle niaiserie du patronat comme celle-ci publiée dans Le Devoir du 29 juillet 2017, relevant d’une opinion signée par le président des Producteurs de grains du Québec et intitulée : «La réglementation sur les pesticides a des effets négatifs». Ben oui, tout le monde sait bien que toute réglementation est néfaste, et surtout pour la population car elle est un frein à la liberté individuelle d’entreprendre, à l’investissement, à l’innovation, etc. Mieux vaut tout déréglementer et s’en remettre au bon vouloir éthique des compagnies et à leur auto-discipline et auto-réglementation ancestrales. Il faut leur faire confiance : elles se comportent toujours en bonne mère de famille et veulent toujours notre bien.

D’autres comiques pour celles et ceux qui doutent de leur malhonnêteté

Comme dans d’autres industries, les géants des pesticides se paient des universitaires, des experts et des scientifiques. Et pour s’assurer de leur «fidélité» : «Des études sur le glyphosate révisées (corrigées et modifiées) secrètement par Mosanto» (Radio-Canada, 21 février 2019). Et une autre bonne juste pour vous : «Pesticides. L’indépendance des agronomes fait débat» (Le Devoir, 20 janvier 2018). Et enfin pour terminer, leurs lobbyistes sont majoritaires dans des comités et centres publics financés par l’État avec le consentement des élus : «Des lobbyistes à la tête de la plupart des centres de recherche financés par le ministère de l’Agriculture» (Radio-Canada, 18 mars 2019). Ah qu’il fait bon vivre en démocratie où le peuple est souverain.

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