La maladie et la pauvreté offertes en spectacle

Comme à chaque année, on ne peut y échapper. Pour soigner leur image, les très riches et les grosses compagnies lancent, avec l’aide des médias, le mois du cancer du sein, celui du cancer de la prostate, de la cause de la maladie mentale, de la pathétique guignolée des médias, de la ridicule guignolée du «bon» docteur Julien qui vit de fonds publics, de l’hôpital privé Ronald Mc Donald’s, etc. Le comble de l’exploitation de la misère sont des bals tenus par des gens importants en robe longue et en smoking dans de chic hôtels, comme le grand bal des vins-cœurs (quel jeu de mots très songé), le bal de la Jonquille, le bal de Sainte-Justine (Le bal des grands pour les petits, le Journal de Montréal, 20 mars 2019), le club des petits déjeuners et j’en passe. Toutes ces indécences représentent le comble de la mesquinerie et du mépris.

Privatisation de la charité devenue une industrie concurrentielle et un marché

Comme pour la santé et l’éducation, la charité privée qui défend des causes comme la santé, l’éducation, la pauvreté et la culture n’a de privé que le nom, étant généreusement déductible d’impôt et très subventionnée. La charité est devenue une industrie soumise aux «lois» naturelles du marché : c’est la marchandisation de la pauvreté et de la maladie. Imaginez, ce sont des compagnies et des individus qui décident qui on va aider, quel organisme, quelle maladie, etc. Comme exemple de la privatisation de la charité, mentionnons le cas impliquant le parti fédéral du Canada et les cinquante millions de fonds publics à être versés à des opportunistes et à leur firme de charité privée Unis (We Charity) : «Affaire Unis. Les frères Kielburger défendent leur intégrité» (Le Devoir, 29 juillet 2020). Des faiseux qui s’enrichissent en exploitant la misère et la maladie. Les organismes de bienfaisance tombent ainsi sous la tutelle des pharaons et doivent bien se comporter et se faire concurrence entre elles. Il faut faire la charité aux pauvres mais ne jamais critiquer le système qui est à la base de tant d’inégalités économiques. Il ne faut pas suggérer des politiques structurelles fortes qui viendraient éradiquer la pauvreté et qui feraient que les soins seraient accessibles à tous. C’est monseigneur Helder Camara du Brésil qui avait dit la vérité sur tout cette parodie : «Quand je donnais du pain aux pauvres, l’élite et les médias me considéraient comme un saint homme et j’étais invité partout par le grand monde. Mais quand j’ai commencé à expliquer aux pauvres pourquoi ils l’étaient et leur dire ce qu’il fallait faire pour l’éliminer la misère, ils m’ont rejeté et m’ont traité de communiste».

Des pseudo-philanthropes qui militent pour moins de services publics

Le plus scandaleux dans tout ça est que tous ces pseudos philanthropes, mécènes et bienfaiteurs sont ceux qui militent toujours farouchement pour moins d’État; moins d’État; moins de réglementation; contre la hausse du salaire minimum; pour les paradis fiscaux; pour les privatisations; pour plus de subventions; qui délocalisent leurs usines, centres d’appels, etc. dans des «sweat shops» de pays pauvres qui exploitent leurs travailleurs transformés en esclaves et qui veulent toujours plus de travailleurs immigrés, bons et pas chers, même s’ils ne parlent pas et n’apprendront jamais le français. L’anglais c’est mieux pour la business. Des hypocrites de la pire espère que je vous dire.

Mc Do et son hôpital privé

La transnationale américaine Mc Donald’s devrait fermer son hôpital privé et, si elle est sincère, ce dont je doute fortement, devrait plutôt s’occuper de ce qui relève de sa mission véritable, comme mieux payer ses employés et arrêter de détourner des milliards de dollars dans les paradis fiscaux : «France. Mc Do soupçonné d’évasion fiscale» (Le Devoir, 22 janvier 2013). C’est plus qu’un soupçon, c’est un fait.

Bell cause pour sa cause

Et Bell, qui cause pour la cause de la santé mentale afin de verdir son image et son «branding» corporatifs, devrait plutôt diminuer ses prix arnaqueurs de l’Internet et du cellulaire et rapatrier au pays les nombreux emplois transférés ailleurs.

Des milliardaires qui poussent trop la note

Power Corp. est une transnationale québécoise dont le contrôle effectif est détenu par la célèbre famille Desmarais qui aime inviter des premiers ministres dans leur château de Charlevoix, comme le lobbyiste, maître de la corruption, Jean Charest. Power Corp. milite toujours pour la privatisation des services publics et des ressources naturelles car elle est très présente dans la santé privée, les pensions de retraite privées, les ressources naturelles, comme le pétrole et le gaz, l’électricité, etc. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la compagnie elle-même qui l’a affirmé en 1997. Vous voyez que ça ne date pas d’hier : «La Financière Power investira dans les services publics» (La Presse, 16 mai 1997). Voilà pourquoi des firmes comme Power, SNC-Lavalin, Bombardier, Énergir (Gaz Métropolitain), etc. prêchent tout le temps, au nom du pragmatisme, de la lucidité, du modernisme et de la lutte à l’immobilisme, pour la privatisation de nos services publics, de nos ressources naturelles et de nos instruments collectifs comme Hydro-Québec.

La philanthropie selon l’évangile de Power Corp.

N’affichant aucune gêne à leur mainmise sur l’État et sur la société en général, madame France Desmarais (la conjointe de Paul Desmarais, l’actionnaire majoritaire) a publié en 2005 dans La Presse (contrôlée alors par Power) ce vibrant appel à plus de charité privée en raison du moins d’État : «Un agent de changement. La philanthropie doit tenter de combler les vides occasionnés par le retrait des dépenses gouvernementales» (La Presse, 20 novembre 2005). C’est bien effrayant de tenir de tels propos. Suis-je le seul à pomper et à m’indigner du comportement outrancier de la classe dominante?

Le mécénat selon l’ex-président de la Montreal Bank

Ah que les journalistes l’aimaient follement et passionnément, feu L. Jacques Ménard, l’ex-patron de la Banque de Montréal au Québec qui, en 2015, nous avait sermonné et ordonné d’être plus généreux pour les bonnes causes, surtout celles appuyées et endossées par le privé : «Chacun devrait donner. Pour L. Jacques Ménard, la philanthropie est un des devoirs du citoyen» (Le Devoir, 21 décembre 2015). Ce que je considère être un devoir de citoyen, c’est payer ses impôts et arrêter de détourner des milliards de dollars dans les paradis fiscaux, notamment pour les gros clients de banques, dans lesquels elles ont installé plusieurs filiales et apparentés! Ça transfère des emplois à l’étranger, ça détourner des milliards de dollars dans les paradis fiscaux et ça vient nous faire la morale. Et dire que les médias l’aimaient follement.

Charité bien ordonnée commence par soi-même

Le pire avec l’industrie de la charité privée est que cela est inefficace, même sur le strict plan économique en raison de la multiplication des organismes, des fondations, des ONG, etc. privés qui implique par le fait même une explosion des frais administratifs. La santé, l’éducation, les garderies, l’aide aux démunis et autres services publics devraient relever des gouvernements élus démocratiquement.

Trop souvent, une partie importante des dons effectués sert à couvrir les frais administratifs, les salaires, la publicité, etc., comme dans ces exemples :

  • «De généreux salaires pour des employés du secteur caritatif. 6000 travailleurs ont gagné (en 201) plus de 120 000$ l’an dernier» (Le Devoir, 11 juillet 2011). En 2021, c’est rendu à combien?
  • «10 cadres et 34 employés à la Fondation Ste-Justine» (Le Journal de Montréal, 21 février 2014). Ça fait bien du monde à la messe!
  • «Tricher pour mieux faire le bien. Des administrateurs d’OBNL fermeraient les yeux sur des pratiques comptables douteuses afin de ne pas effaroucher les donateurs» (Le Devoir, 3 février 2016). Bah, il ne faut pas être plus catholique que le pape!
  • «De bonnes œuvres condamnables. Des organismes de charité émettent des reçus plus élevés que les dons réellement encaissés, dénonce l’ombudsman des contribuables» (Le Devoir, 20 mars 2014). Des organismes de bienfaisance qui fraudent l’État. On aura tout vu, ou presque…

La charité, il faut que ça rapporte

Les «bienfaiteurs» effectuent des dons déductibles d’impôt à leurs propres organismes et à leurs causes préférés, sélectionnés méticuleusement, et puis ça tient à passer à la TV, à la radio, dans les journaux photographiés avec dans leurs mains un gros chèque. Que voulez-vous, ils s’aiment et aiment se faire voir comme des êtres généreux. Et ça pogne auprès de nombreux innocents, comme les journalistes par exemple. Il me semble que quelqu’un qui est vraiment bon et sincère donne discrètement sans se faire remarquer comme Jésus l’a dit à ses 12 apôtres : «Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi comme ceux qui se donnent en spectacle dans les rues. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret. Ton Père vois ce que tu fais en secret : Il te le revaudra» (Évangile selon saint-Mathieu).

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