Hydro-Québec : pleurnicher sur le départ de madame Brochu

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1947407/sophie-brochu-candidats-hydro-quebec

Le folklore médiatique et politique

Tremblement de terre : après seulement trois ans à la barre d’Hydro-Québec, et deux ans avant la fin de son contrat de cinq ans, Sophie Brochu vient de remettre (le 10 janvier) sa démission à la tête d’Hydro-Québec, notre joyau collectif que l’on détourne allégrement de sa mission véritable au profit d’affairistes, ce qu’a continué de faire madame Brochu, une autre cadre provenant du privé. Vraiment rigolo devoir et d’entendre les journalistes, les chroniqueurs et les experts de nos médias qui pleurent en chœur son départ précipité en énumérant ses titanesques qualités. Moi on ne me fera pas pleurer sur la sortie que l’on essaie de faire passer pour la petite brebis égarée et immolée par le méchant Fitzgitton.

Regardons les choses en laissant l’émotion de côté

Disons tout de suite que c’est en dernier ressort au gouvernement élu par la population à définir les orientations d’Hydro-Québec, même si on n’est pas d’accord avec les priorités. Ce n’est pas un non-élu de fixer les grandes politiques énergétiques du Québec.

 Le rôle premier d’Hydro-Québec

Dans les années 60, Hydro—Québec a été nationalisée et payée par les Québécois. Cette société leur appartient mais les ex-présidents d’Hydro-Québec et les politiciens ont détourné Hydro de sa mission, qui est d’être au service de ses propriétaires, les Québécois, au profit d’arrivistes par le biais des barrages privés; des centres de données, des serres de cannabis, de fruits et légumes et des centres de ski à qui l’on vend notre électricité moins de deux fois moins chère que le prix fixé aux firmes éoliennes privées. Éolien que nos scribes chez Hydro et au gouvernement ont obligé Hydro à le céder entièrement au privé, devenant ainsi des risques pour les promoteurs, comme Énergir (un importateur et de distributeur de Gaz naturel) d’où provient madame Brochu et qui récemment vient de se diversifier dans l’éolien afin d’obtenir sa part du gâteau.  Comme le hasard fait bien les choses. Idem pour l’électricité vendue à perte aux États-Unis. Pour satisfaire certains intérêts privés qui consomment beaucoup d’électricité à bas prix, on pousse le bouchon jusqu’à demander aux Québécois de faire preuve de sobriété énergétique afin de le la laisser pour des fins privés et nettement déficitaires.

Si l’éolien privé, qui vend son électricité au gros prix à Hydro, et les centres de données, les serres et l’exportation aux States à petits prix c’est si bon pour le Québec, ben montrez-moi les études sérieuses. Vous ne les obtiendrez pas car il n’y en a pas.

Sophie Brochu au service de l’intérêt général?

Si madame Brochu avait vraiment défendu l’intérêt collectif, elle se serait opposée aux folies des prix bonbons accordés aux centres de données et aux serres et elle aurait exigé de mettre fin à ces projets à part pour Hydro et pour les Québécois qui doivent payer pour ces générosités accordées par nos élus à ces derniers. Elle aurait dit non aux prix extravagants payés par Hydro aux éoliennes privées et elle aurait milité pour leurs nationalisations. Mais non, au contraire, elle a continué de plus belle à faire la promotion de ces folleries qu’aucune entreprise privée aurait accepté de faire.

En passant, on essaie de nous accroire que la dame s’y connaissait en électricité. Pas du tout. Son expérience passée est celle reliée à l’importation et la distribution de gaz au Québec, un monopole privé. Il faut arrêter de nommer des gens à la tête d’Hydro, comme le ferait ailleurs dans le privé, qui n’ont pas l’expérience et les connaissances voulues et juste parce qu’ils passent bien politiquement. Un peu moins de trois ans chez Hydro ne fait pas d’elle une experte qui peut défendre ses orientations à long terme.

Sophie Brochu, une autre carriériste?

Deux ans chez Hydro-Québec à 600 000$ l’an a permis à la dame de se faire connaître grâce aux médias qui ont agi pour elle comme une firme de marketing. Maintenant elle vise une rémunération annuelle plus élevée. N’ayez crainte, Sophie n’ira pas travailler pour un organisme communautaire ou pour un syndicat de travailleurs. Elle a plus «d’ambition» que ça et veut être payée en conséquence afin de devenir une énième amie du ministre caquiste de l’Énergie et de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. Elle a bien préparé sa sortie qui n’a absolument rien de précipité. Tout était planifié, contrairement au titre innocent de l’article du Devoir publié le 11 janvier 2023 : «Hydro-Québec. Départ précipité pour Sophie Brochu».

Pour le bien public tout en étant administratrice dans une banque

Tout en étant pdg d’Hydro-Québec, Sophie Brochu avait le temps de siéger à quelques conseils d’administration dont celui de la Banque de Montréal (BMO) qui lui versait 225 000$ pour faire pas grand-chose. Avez-vous déjà vu un administrateur d’une firme privée s’opposer aux décisions prises par leurs dirigeants qui les a justement nommés? Je suppose que siéger au C.A. de BMO faisait partie de ses services à la collectivité? À 225 000 l’an, c’est de la philanthropie!

Formatrice pour la compagnie «d’éducation» de son conjoint : oh ben chose

Un vrai bourreau de travail qu’est Sophie car en plus de sa job à temps plein chez Hydro, elle siégeait sur les conseils d’administration d’entreprises privées et agissait comme «éducatrice» pour la business de son conjoint de son conjoint, John Gallagher, qui offrait des cours à 695$ et à 2900$, taxes en sus, sur des sujets très sérieux comme «la connaissance de soi», «découvrir son noyau dur», «lever la tête», «contribuer à plus grand que soi» et d’autres quétaineries du genre : «Formations offertes par Sophie Brochu : le conjoint de la PDG d’Hydro-Québec bénéficie des ventes» et «Les formations de la patronne d’Hydro-Québec font sourciller» (Le Journal de Montréal, 25 octobre et Radio-Canada, 2 novembre 2022). Indigne de s’embarquer dans ce genre «d’éducation» positive. Je suppose que cela faisait aussi partie de son implication sociale? Quelle est sa formation académique pour s’auto-proclamer professeure dans ces sujets psychologiques et philosophiques?

Sophie conseillée aussi par McKinsey

Sophie Brochu aurait pu mettre fin aux coûteux contrats inutiles de 38 millions de dollars accordés depuis 2016 par Hydro à la firme-conseil américaine McKinsey si elle avait vraiment eu à cœur son travail de commis d’État. Mais non, elle a continué à avoir recours aux services de cette transnationale américaine (qui plaide pour le privé dans tout, privatisations que McKinsey appelle, pour mieux rire de vous, «optimisation des ressources» comme l’ont fait d’ailleurs Trudeau et Legault : «Hydro-Québec a versé des millions de dollars à McKinsey pour l’aider (sic) à gérer ses barrages» (Radio-Canada, 26 octobre 2022). McKinsey qui conseille l’État sur l’immigration, sur la gestion de la pandémie, sur les barrages d’Hydro, sur le bien-fondé d’acheter nos vaccins chez Pfizer, un de ses gros clients, etc. Une autre preuve que c’est dans ces faits le privé qui décide et qui énonce les politiques publiques : il se substitue à l’État dans nos démocraties virtuelles de façade. Le privé, comme McKinsey, est bon dans tout et peut tout faire mais pas nous collectivement par le biais de l’État. Voilà le postulat de base du capitalisme.

Un partenariat avec Hydro payant pour Énergir

Je vous l’ai dit, Sophie Brochu a été pdg d’Énergir, anciennement Gaz Métropolitain. Tout de même curieux mais Hydro-Québec a conclu en 2022 une entente avec Énergir afin de convertir les immeubles et usines au gaz naturel vers l’électricité. Un «deal» très payant pour l’ex-compagnie de madame puisque Énergir pourrait recevoir 2,4 milliards de dollars au fil des ans d’Hydro-Québec afin de «compenser» ses pertes de revenus : «Hydro pourrait devoir verser plus de deux milliards$ à Énergir» et «La facture atteindrait 2,4 milliards pour Hydro-Québec» (Le Journal de Montréal et La Presse, 17 mars 2022).

Sophie et son bébé Hilo qu’elle nous laisse sur les bras

Hilo est une création loufoque de Sophie Brochu qui a été créée pour montrer aux Québécois l’art de faire preuve de retenue énergétique en tout temps. Les éduquer quoi! Mais la patente s’est avérée être un fiasco. Ça, les journalistes ont omis de le mentionner lors de leur pluie d’éloges faite à celle qui part. Pas grave, ce n’est pas madame qui paie, c’est juste nous autres : « Sobriété énergétique. Des dizaines de millions engouffrés dans Hilo» (Le Devoir, 21 décembre 2022).

Sophie pas portée sur la transparence même si Hydro est un bien public

  • «Hydro-Québec refuse de dévoiler les sommes investie (plutôt dilapidées) dans sa filiale Hilox (Radio-Canada, 21 décembre 2022). On comprend pourquoi!
  • «Silence quant aux rivières sur lesquelles pourraient se dresser des barrages. Hydro affirme que ces données sont confidentielles» (Le Devoir, 27 octobre 2022). Aie, ce sont nos rivières!
  • «Hydro-Québec : un deuxième (sic) conseiller au salaire secret pour la PDG Sophie Brochu» (Le Journal de Montréal, 1er décembre 2022). Serait-ce un expert de McKinsey?

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